bachmann1On peut entendre sur le site de Monumenta quelques poèmes récités par Françoise Rétif ainsi qu'une vue d'ensemble de son oeuvre, notamment sur son grand roman Malina, et de sa vie, de même que des considérations fort intéressantes sur ses liens à la fois poétiques et poétologiques avec l'oeuvre de Paul Celan, notamment pour le recueil Sprachgitter (Grille de parole) qu'André du Bouchet a traduit dans Strette. On pourra lire ici deux poèmes extraits de son premier recueil Die gestundete Zeit (Le Temps en sursis), qui donne une bonne idée du ton du recueil. On remarquera au passage la nature dialogique du poème, qui joue un si grand rôle chez Paul Celan, comme chez André du Bouchet :

Wie Orpheus spiel ich
auf den Saiten des Lebens den Tod
und in die Schönheit der Erde
und deiner Augen, die den Himmel verwalten,
weiß ich nur Dunkles zu sagen.

Vergiß nicht, daß auch du, plötzlich,
an jenem Morgen, als dein Lager
noch naß war von Tau und die Nelke
an deinem Herzen schlief,
den dunklen Fluß sahst,
der an dir vorbeizog.

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Semblable à Orphée je joue
sur les cordes de la vie la mort
et malgré la beauté de la terre
et de tes yeux, qui sont les ordonnances du ciel,
je n'ai à dire qu'une leçon de ténèbres.

N'oublie pas que toi aussi, soudain,
ce matin-là, quand ta couche
était encore humide de rosée et que l'oeillet
dormait sur ton coeur,
tu vis le fleuve noir
qui passait à tes côtés.
(Ingeborg Bachmann, Die gestundete Zeit)

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Vom Lande steigt Rauch auf.
Die kleine Fischerhütte behalt im Aug,
denn die Sonne wird sinken,
ehe du zehn Meilen zurückgelegt hast.

Das dunkle Wasser, tausendäugig,
schlägt die Wimper von weißer Gischt auf,
dich anzusehen, groß und lang,
dreißig Tage lang.

Auch wenn das Schiff hart stampft
und einen unsicheren Schritt tut,
steh ruhig auf Deck.

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Des terres monte une fumée.
La petite cabane de pécheur, ne la perds pas de vue,
car le soleil sombrera
avant que tu n'aies couvert dix lieues.

L'eau sombre aux milliers d'yeux
frappe les cils de sa blanche écume,
pour te contempler, longuement,
trente jours durant.

Même si le bâtiment tangue
et prend une allure incertaine,
tiens-toi debout, calme, sur le pont.

(I. Bachmann, Le Temps en sursis)