28 février 2009
ROBBE-GRILLET, C'EST DU MAURIAC !
Au fond, les reproches qu’adresse Robbe-Grillet au discours autobiographique dans Le miroir qui revient, et que cite A. Compagnon dans son cours du 20 janvier dernier, diffèrent très peu de l’analyse que fait Mauriac, en un autre temps, dans Le romancier et ses personnages : sélection de l’information, modélisation de la représentation prise dans la trame d’une narration aux vertus démonstratives. Au fond, les reproches de Robbe-Grillet pourraient s’adresser à la littérature en tant que telle, à la mimesis.
Mais la nature schizophrénique du discours autobiographique, pour reprendre ici les analyses de Blanchot sur les apories de l’autobiographie et du récit de vie n’est-elle pas précisément la forme la plus adéquate à rendre compte de la conscience moderne, conscience divisée ? Pascal, qui est à l’arrière-plan du discours de Blanchot, ne voit-il pas quant à lui justement le discours autobiographique comme l’exemplification du néant de soi à travers ses apories ? Néant de soi, conscience divisée ne sont justement que deux formes que prend le Moi dans une société sans référent, où l’individu est pris entre un monde qu’il refuse et une mondialisation qui le dissout dans une société sans limite. La littérature personnelle est dès lors la seule forme de discours qui ne mente pas et qui serait capable de rendre compte de la conscience moderne en l’élevant à la forme d’un destin universel.
Commentaires
Autre chose, peut être ?
"Néant de soi, conscience divisée ne sont justement que deux formes que prend le Moi dans une société sans référent, où l’individu est pris entre un monde qu’il refuse et une mondialisation qui le dissout dans une société sans limite."
Melki, je ne suis pas d'accord sur cette double affirmation : société sans référent et dissolution dans une société mondialisée sans limite !
Bien au contraire, le néant du Moi est généré, à mon sens, par une société où le référent (capitalistique, culturel, matérialiste) est connu et vénéré de tous comme LE référent commun. Elle n'est pas sans référent, elle est à réferent unique. Partout : de la Chine aux USA.
Et ce sentiment de dissolution du Moi provient, non pas d'un monde sans limite, mais d'un monde LIMITE n'offrant plus d'échappatoire (aux changements d'identité, à la fuite, aux territoires inconnus), contrainte énorme et sclérosante liée à la finitude totale de la planète, facilement accessible géographiquement et totalement NORMEE où il est impossible de se perdre ...
C'est quoi un référent ?
Bien sûr, JC, je souscris à tout ce que vous dites. Mais il ne s'agit pas de cela.
Le capitalisme mondial ne constitue pas un référent. C'est une société qui ne peut dessiner une communauté. Je crois même que vous partagerez volontiers avec moi l'idée que le capitalisme est précisément un destructeur de communauté, de référent. Un référent c'est ce qui permet aux membres d'une communauté de s'y référer comme ce qui est un sensus communis. C'est précisément ce qui manque dans le capitalisme mondialisé actuellement.
Ce n'est pas, par ailleurs, parce que le monde est effectivement limité que la société ne serait pas sans limite. C'est une société d'étrangers avec une proximité mutuelle des étrangers qui ne suppose pas une organisation qui la définissent. C'est en cela qu'on peut dire légitimement que la société mondialisée est sans limite. Le monde a beau être limité l'étrangeté mutuelle de chacun à chacun et même de soi à soi est sans limite.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=539880&pid=12746244
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
