bachmann1

 

 

 

 

 

Die gestundete Zeit

Es kommen härtere Tage.

Die auf Widerruf gestundete Zeit

wird sichtbar am Horizont.

Bald musst du den Schuh schnüren

und die Hunde zurückjagen in die Marschhöfe.

Denn die Eingeweide der Fische

sind kalt geworden im Wind.

Ärmlich brennt das Licht der Lupinen.

Dein Blick spurt im Nebel:

die auf Widerruf gestund e te Zeit

wird sichtbar am Horizont.

 

Drüben versinkt dir die Geliebte im Sand,

er steigt um ihr wehendes Haar,

er fällt ihr ins Wort,

er befiehlt ihr zu schweigen,

er findet sie sterblich

und willig dem Abschied

nach jeder Umarmung.

 

Sieh dich nicht um.

Schnür deinen Schuh.

Jag die Hunde zurück.

Wirf die Fische ins Meer.

Lösch die Lupinen!

 

Es kommen härtere Tage.

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Traduction :

LE TEMPS EN SURSIS

Viennent les jours plus âpres encore.
Jusqu'à nouvel ordre, le temps en sursis
se rend visible à l'horizon.
Bientôt il te faudra lacer tes chaussures
et repousser les chiens dans les chenils.
Car les entrailles des poissons,
le vent les a gelées.
Brûle la lumière, misérable, des lupins.
Ton regard cherche une trace dans les brumes :
Jusqu'à nouvel ordre, le temps en sursis
se rend visible à l'horizon.

De l'autre côté, ton amour s'enlise dans les sables et t'échappe,
il monte et s'enroule autour de ses cheveux qui flottent au vent,
il lui coupe la parole,
lui intime l'ordre de se taire,
il le trouve mortel
et prompt à l'adieu
après chaque étreinte.

Ne prête pas attention à ce qui t'entoure.
Lace tes chaussures.
Repousse les chiens.
Jette les poissons à la mer.
Éteins les lupins !

Viennent les jours plus âpres encore.

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Abschied von England

Ich habe deinen Boden kaum betreten,

schweigsames Land, kaum einen Stein berührt,

ich war von deinem Himmel so hoch gehoben,

so in Wolken, Dunst und in noch Ferneres gestellt,

daß ich dich schon verließ,

als ich vor Anker ging.

 

Du hast meine Augen geschlossen

mit Meerhauch und Eichenblatt,

von meinen Tränen begossen,

hieltst du die Gräser satt;

aus meinen Träumen gelöst,

wagten sich Sonnen heran,

doch alles war wieder fort,

wenn dein Tag begann.

Alles blieb ungesagt.

 

Durch die Straßen flatterten die großen grauen Vögel

und wiesen mich aus.

War ich je hier?

 

Ich wollte nicht gesehen werden.

 

Meine Augen sind offen.

Meerhauch und Eichenblatt?

Unter den Schlangen des Meers

seh ich, an deiner Statt,

das Land meiner Seele erliegen.

 

Ich habe seinen Boden nie betreten.

 

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Traduction :

 

 

ADIEU À L'ANGLETERRE

 

 

C'est à peine si j'ai foulé ton sol,

pays de silence, à peine touché l'une de tes pierres,

ton ciel m'avait hissé si haut,

si haut dans les nuées et la brume légère, en des régions plus lointaines encore,

que je te quittai,

à peine avais-je mouillé l'ancre.

 

Du souffle de l'océan et d'une feuille de chêne,

tu m'as fermé les yeux,

tout noyés de mes larmes,

qui arrosent tes herbes ainsi toujours grasses ;

de mes rêves, détachés,

des soleils hasardaient une approche,

pourtant tout s'éloigna de nouveau

aux premières lueurs du jour.

Tout resta prisonnier du silence.

 

Par les rues planaient les grands oiseaux gris,

qui disaient mon nom.

Étais-je donc jamais venue ici ? 

 

Je ne voulais pas être vue.

 

Mes yeux sont grand ouverts,

Le souffle de l'océan, une feuille de chêne ?

Sous le serpent de mer,

je vois, à ta place,

le pays succomber à mon âme.

 

Je n'ai jamais foulé son sol.

 

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Ausfahrt

Vom Lande steigt Rauch auf.

Die kleine Fischerhütte behalt im Aug,

denn die Sonne wird sinken,

ehe du zehn Meilen zurückgelegt hast.

 

Das dunkle Wasser, tausendäugig,

schlägt die Wimper von weisser Gischt auf,

um dich anzusehen, gross und lang,

dreissig Tage lang.

 

Auch wenn das Schiff hart stampft,

und einen unsicheren Schritt tut,

steh ruhig auf Deck.

 

An den Tischen essen sie jetzt

den geräucherten Fisch;

dann werden die Männer hinknien

und die Netze flicken

aber nachts wird geschlafen,

eine Stunde oder zwei Stunden,

und ihre Hände werden weich sein,

frei von Salz und Öl,

weich wie das Brot des Traumes,

von dem sie brechen.

 

Die erste Welle der Nacht schlägt ans Ufer,

die zweite erreicht schon dich.

Aber wenn du scharf hinüberschaust,

kannst du den Baum noch sehen,

der trotzig den Arm hebt

- einen hat ihm der Wind schon abgeschlagen

- und du denkst: wie lange noch,

wie lange noch

wird das krumme Holz den Wettern standhalten?

Vom Land ist nichts mehr zu sehen.

Du hättest dich mit einer Hand in die Sandbank krallen

oder mit einer Locke an die Klippen heften sollen.

 

In die Muscheln blasend, gleiten die Ungeheuer des Meers

auf die Rücken der Wellen, sie reiten und schlagen

mit blanken Säbeln die Tage in Stücke, eine rote Spur

bleibt im Wasser, dort legt dich der Schlaf hin,

auf den Rest deiner Stunden,

und dir schwinden die Sinne.

 

Da ist etwas mit den Tauen geschehen,

man ruft dich, und du bist froh,

dass man dich braucht. Das Beste

ist die Arbeit auf den Schiffen,

die weithin fahren,

das Tauknüpfen, das Wasserschöpfen,

das Wändedichten und das Hüten der Fracht.

Das Beste ist, müde zu sein und am Abend

hinzufallen. Das Beste ist, am Morgen,

mit dem ersten Licht, hell zu werden,

gegen den unverrückbaren Himmel zu stehen,

der ungangbaren Wasser nicht zu achten,

und das Schiff über die Wellen zu heben,

auf das immerwiederkehrende Sonnenufer zu.

 

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Traduction :

 

DÉPART

 

De la terre monte une fumée.

La petite cabane de pêcheurs, ne la perd pas de vue,

car le soleil sombrera,

avant que tu n'aies couvert dix lieues.

 

Les eaux sombres aux mille regards,

ouvrent les paupières de leur blanche écume,

pour te regarder, longuement,

trente jours durant.

 

Même si le navire tangue dangereusement,

et prend des allures incertaines,

tiens-toi debout, calme, sur le pont.

 

Attablés, ils mangent à présent

le poisson fumé ;

puis les hommes se mettront à genoux

et rapiéceront les filets

pourt laisser place au sommeil, la nuit,

une heure ou deux,

et leurs mains deviennent douces,

vierges de sel et d'huile,

douces comme le pain du rêve,

qu'elles rompent. 

 

La première vague de la nuit frappe la rive,

la deuxième t'atteint déjà.

Mais si ton regard perçant se transporte de l'autre côté,

tu peux voir l'arbre encore,

qui, rétif, lève la branche

— le vent lui en a déjà coupé une

— et tu penses : combien de temps encore,

combien de temps encore

le bois noueux résistera-t-il aux orages ?

La terre n'est plus visible.

Tu aurais dû t'agripper d'une main au banc de sable

ou t'accrocher aux falaises à l'aide d'une boucle de tes cheveux.

 

Soufflant dans les coquillages, les monstres marins glissent

sur le dos des vagues, ils chevauchent et frappent,

sabres au clair, les jours en miettes, une tache rouge

reste visible dans l'eau, là où le sommeil te prend,

étendu sur le reste de tes heures,

et tes sens cessent d'être.

 

Alors voilà qu'on largue les amarres, 

on t'appelle, et te voilà heureux

qu'on ait besoin de toi. Le meilleur,

c'est le travail sur les navires,

qui partent pour la haute mer,

nouer les cordages, pomper l'eau,

calfater les brèches et veiller sur la gargaison.

Le meilleur, c'est, à bout de fatigue, le soir,

s'affaler pour dormir. Le meilleur, c'est, au matin,

avec les premiers rayons, devenir lucide,

se tenir droit face au ciel immuable,

rester indifférent aux eaux impraticables,

et maintenir le navire au-dessus des flots,

dans l'éternel retour de la berge au soleil.

 

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Dunkles zu sagen

Wie Orpheus spiel ich

auf den Saiten des Lebens den Tod

und in die Schönheit der Erde

und deiner Augen, die den Himmel verwalten,

weiß ich nur Dunkles zu sagen.

 

Vergiß nicht, daß auch du, plötzlich,

an jenem Morgen, als dein Lager

noch naß war von Tau und die Nelke

an deinem Herzen schlief,

den dunklen Fluß sahst,

der an dir vorbeizog.

 

Die Saite des Schweigens

gespannt auf die Welle von Blut,

griff ich dein tönendes Herz.

Verwandelt ward deine Locke

ins Schattenhaar der Nacht,

der Finsternis schwarze Flocken

beschneiten dein Antlitz.

 

Und ich gehör dir nicht zu.

Beide klagen wir nun.

 

Aber wie Orpheus weiß ich

auf der Seite des Todes das Leben

und mir blaut

dein für immer geschlossenes Aug.

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Traduction :
QUELQUE CHOSE NOIRE

Semblable à Orphée je joue
sur les cordes de la vie la mort
et malgré la beauté de la terre
et de tes yeux, qui sont les ordonnances du ciel,
je n'ai à dire que quelque chose noire.

 

N'oublie pas que toi aussi, soudain,
ce matin-là, quand ta couche
était encore humide de rosée et que l'oeillet
dormait sur ton coeur,
tu vis le fleuve noir
qui passait à tes côtés.

 

La corde du silence,

tendue sur la vague de sang,

je saisis ton cœur qui résonne.

Tes boucles furent métamorphosées

en cheveux d'ombre de la nuit,

les flocons noirs des ténèbres

recouvraient ton visage.

 

Et je ne serai pas tienne.

Voilà notre plainte à tous deux maintenant.

 

Mais comme Orphée, je sais

du côté de la mort la vie

et l'éclair bleu de ton œil

à jamais fermé m'éblouit.

© pour la traduction.