Par Bat Ye'or

En 2001, une vague de judéophobie a balayé violemment l'Europe, elle a coïncidé avec l'intensification de l'Intifada al-Aqsa de Septembre au 30 mai 2000. Cette simultanéité n'est pas fortuite. En Europe, les gouvernements, certaines Églises, et la plupart des médias ont en fait approuvé la deuxième Intifada, en utilisant bien sûr une apparence morale pour ce qui était en fait une stratégie de terreur par les dirigeants palestiniens. 

 

La justification et la négligence affichée envers ces agressions criminelles sont autant de signes d'encouragement. L'élimination des chefs terroristes a été décrit comme «assassinat» et le Hamas et d'autres terroristes sont devenus des «combattants pour la liberté» et des «militants». Alors que le Hamas a été traduit par un mouvement de «Résistance», Israël a été accusé de «terrorisme d'État».  

 

Même en 2003, le gouvernement français refuse toujours de placer le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, le Premier ministre socialiste Lionel Jospin a été vertement réprimandé par le président Chirac pour avoir dit que le Hezbollah était une organisation terroriste.

 

La convergence entre les politiques spécifiques de l'Union européenne (UE) et l'Autorité palestinienne qu'elle finance en grande partie, ainsi qu'avec les politiques des pays arabes, semblent être le résultat d'un processus à long terme. Avec des nuances, le discours anti-israélien qui est entendue simultanément sur les deux rives de la Méditerranée présente des caractéristiques identiques. Cette judéophobie du vingt et unième siècle est enracinée dans une structure transnationale européenne, née d'un contexte historique et la politique euro-arabe des trente dernières années. Les populations européennes restent toutefois, grosso modo, indifférentes, même si les médias les ont depuis des décennies soumis à une idéologie qui diabolise Israël.

 

Ainsi, les Européens prennent des risques de devenir à la fois le jouet et les victimes de la haine religieuse, ainsi que des intérêts politiques et économiques masqués par le conflit israélo-arabe qui est intentionnellement soufflé hors de toutes proportions afin de cacher le jihad mondial qui a les mêmes objectifs. La structure idéologique de cette nouvelle judéophobie est importée du monde arabo-musulman, même si elle est exprimée dans le cadre d'un discours européen par trois secteurs: les partis politiques, les médias et le secteur religieux.

 

Comme on le verra ci-dessous, le développement du dialogue euro-arabe a apporté des modifications considérables dans les sociétés européennes. Il a relayé les musulmans judéophobes à l'anti-sionisme, l'anti-américanisme et à sa haine de l'Occident. Il a facilité l'ambition irrépressible des Arabes d'islamiser l'Europe, son histoire et sa culture - une ambition que certains dirigeants islamistes, par exemple, expriment dans le coeur de Londres. En outre, la stratégie du Dialogue a exhorté la glorification de la Palestine, le dénigrement d'Israël, la séparation croissante entre l'Europe et l'Amérique, et l'épanouissement d'un imaginaire de la religion, l'histoire et la civilisation islamiques dans l'opinion publique occidentale. Il a obligé l'Europe à réviser son interprétation de sa propre identité et l'histoire afin de les harmoniser avec la vision islamique de l'Europe, et par ce processus, de se soumettre à une islamisation auto-infligée.

 

L'embargo sur le pétrole fut le déclencheur. Après la Seconde Guerre mondiale, la France - humiliée par le gouvernement collaborationniste de Vichy et la perte de son empire colonial - elle n'avait plus aucun rôle ambitieux et se sentit comme une grande puissance fortement réduite. L'union franco-allemande prévue par Charles de Gaulle fut parmi les moyens d'assurer la paix en Europe par le rapprochement entre des ennemis traditionnels, tandis que dans les années 1960 l'alliance avec le monde arabe permit à la France - au niveau international - de contester la puissance américaine, la politique économique et stratégique du général de Gaulle visant à unir les pays du pourtour méditerranéen dans un bloc inter-dépendants industrielle par opposition à l'Amérique. Pour réaliser ce plan, la France s'efforça de construire une alliance avec les Etats arabes. L'hostilité envers l'Amérique et Israël ne fut pas seulement alimentée par les tendances communistes et de gauche, mais aussi par l'héritage des collaborateurs pro-nazis du régime français de Vichy, qui avait survécu dans les décennies d'après-guerre, et imprégné l'administration française jusqu'aux rangs les plus élevés.

 

Après la guerre de 1967 dite des Six-Jours, la France est devenue l'instigateur d'une politique européenne anti-Israël par le fameux discours de de Gaulle. Elle ne pardonna pas facilement à Israël sa victoire éclaier sur une coalition comprenant l'Egypte, la Syrie, la Jordanie et les Palestiniens - et soutenue par tout le monde arabe. Aux forums internationaux, la France a voté en faveur de résolutions arabes anti-israéliennes et a soutenu un boycott unilatéral de ventes d'armes à l'Etat juif (1969). Au niveau européen, la diplomatie française soutenait les intérêts arabes, visant à infléchir la politique européenne dans un sens pro-arabe, et anti-Israëlien. Dans ce contexte, la France a examiné le concept d'un dialogue euro-arabe (EAD) avec la Libye. 

 

La guerre égypto-syrienne contre Israël en 1973 et l'embargo pétrolier arabe, utilisé comme une arme de pression du monde, a favorisé le régime français. Mortifié par la défaite arabe après un début de succès, les pays arabes producteurs de pétrole se sont réunis à Koweït (les 16-17 Octobre), où ils ont décidé unilatéralement de quadrupler le prix du pétrole, afin de réduire progressivement de 5% chaque mois leur production de pétrole brut jusqu'à ce que le retrait d'Israël des territoires arabes qu'ils avaient perdus dans leur guerre de 1967 soit effectif et qu'ils n'ont pas pu récupérer dans leur guerre de 1973. Ils ont imposé un embargo sur les livraisons destinées aux pays considérés comme favorables à Israël: les États-Unis, le Danemark et les Pays-Bas. Les pays consommateurs ont été alors classés comme des pays amis, neutres ou ennemis.