22 novembre 2008
UNE LETTRE DE MADAME POLIAKOFF À LA MORT DE MON PÈRE
Lors du décès de mon père, la veuve du peintre Serge Poliakoff, Mme Marcelle Poliakoff prit soin d'écrire une lettre à ma mère pour lui témoigner son affection et son chagrin. Ma mère la connaissait et était allée quelquefois chez elle, rue de Seine, après la mort du peintre. Elle lui avait donné, en témoignage d'amitié, une lithographie pour le nouvel an de 1965.
Mon père est né à Paris de parents russes. Selon la législation en vigueur à l'époque, il était, bien que né à Paris, russe. Il n'est devenu officiellement Français que grâce à la loi de 1927, que le gouvernement de Pétain a abrogé rétroactivement contre tous les principes fondamentaux du droit, faisant de mon père un apatride dans son propre pays, qu'il avait défendu en septembre 1939 jusqu'en août 1940, où il avait été mobilisé comme tous les hommes de sa classe d'âge (classe 1929) qui avaient fait comme lui son service militaire. La législation d'après guerre a changé le statut des enfants nés en France (droit du sol) pour éviter ce genre de tragédie.
Les Juifs à Paris au Moyen Âge
Les Juifs y sont nombreux dès l'époque mérovingienne. Les deux plus anciens quartiers juifs sont établis sur la rive droite et dans l'Ile de la Cité. La juiverie Saint-Bon allait de la rue des Bourdonnais à la rue de Moussy et de la rue de la Coutellerie à la rue Saint-Merri. La communauté a une synagogue rue de la Tacherie, et une école, une heder. Dans l'Ile de la Cité, on connaît la rue de la Juiverie ; la synagogue a été transformée en église dès 1183, sous le vacable de sainte Marie-Madeleine.
Les Juifs sont connus sur la rive gauche, surtout à partir du XIIIè siècle où leur présence est liée aux seuls cimetières qui leur soient réservés dans la capitale. Cependant, l'habitat sur cette rive est relativement mal connu. Dès le règne de Saint-Louis, il y a une juiverie importante et le cartulaire de la Sorbonne indique en 1272 l'existence d'écoles rabbiniques (yeshivot) rue de la Harpe, près d'un cimetière juif, qu'une charte de Philippe le Hardi permet d'agrandir en 1283 en approuvant la vente faite aux Juifs par maître Gilbert, chanoine de Bayeux, d'un jardin situé dans le même terroir. Il y avait alors en France, répartis sur l'ensemble du territoire, entre 50 000 et 10 000 Juifs, plus nombreux que les Juifs d'Espagne, sur environ cent cinquante-six localités, surtout des villes, mais ausi parfois des villages et des bourgs. Au XIIIè siècle, à Paris, sur une population totale de 150 000, la plus nombreuse agglomération de la Chrétienté, il y avait environ 3 à 5% de Juifs, soient entre 4500 et 7500 personnes, avec une forte concentration dans l'Ile de la Cité, probablement 20% de Juifs.
Les expulsions:
L'histoire de la communauté juive est celle d'une succession d'expulsions et de rappels. En 1182, Philippe Auguste s'approprie les créances, les immeubles, en ordonnant de convertir les synagogues en églises. Les Juifs sont rappelés en 1198. Les persécutions reprennent avec Saint-Louis, qui rend obligatoire le port de la rouelle. A la suite d'une expulion partielle ordonnée par Saint-Louis vers 1253, leurs immeubles communautaires ont été confisqués par l'administration du roi. Une ordonnance royale de 1257 rend aux Juifs leurs anciens cimetières et synagogues. En 1259, le chef de l'école rabbinique de Paris, Yehiel ben Joseph (Vives de Meaux) émigre en Palestine avec de nombreux rabbins. Le 19 avril 1283, Philippe le Hardi interdit aux Juifs d'ouvir de nouveaux cimetières. Une nouvelle expulsion est décidée en 1306 ; le cimetière de la rue de la Harpe est vendu en 1311 aux religieuses de Poissy. Les tombes restent en place un certain temps. Au dire de l'historien Sauval, ce bannissement de 1306 est très cruel et occasionne de nombreuses victimes. Quelques années plus tard, le 28 juillet 1315, une ordonnance rappelant les Juifs stipule qu'ils pourront récupérer les cimetières qui n'auraient pas été vendus ou en acquérir de nouveaux. Une nouvelle ondamnation est prononcée en 1321 ; le retour de la communauté se fait en 1359. L'expulsio définitive a lieu en 1394, sous Charles VI. Les Juifs ne reviennent à Paris qu'au début du XVIIIème siècle.
Les cimetières:
Les découvertes occasionnelles de stèles juives ont intrigué ls érudits depuis la Renaissance. On en signale surtout dans les environs de la rue de la Harpe, sur la rive droite. Ce cimetière de la rue Pierre-Sarrazin - rue de la Harpe (boulevard Saint-Michel) et de la rue Hautefeuille existe dès le XIIème siècle. C'est le grand cimetière de l'époque de prospérité de la communauté juive. En 1292, le rôle de la taille nous fait connaître Henri, le sergent du cimetière aux Juifs. Après l'expulsion de 1306, le cimetière est désigné comme une grande place vide. L'essentiel des découvertes de stèles se fait en 1849, quand des travaux de terrassement povoqués par la reconstruction d'un immeuble de la maison Hachette mettent au jour 48 pierres tombales (au niveau du 79 boulevard Saint-Germain). La plupart des stèles furent données au musée de Cluny.
Le cimetière de la rue Galande s'est peut-être développé par l'impossibilité d'utiliser un temps le cimetière de la rue Pierre-Sarrazin. Il n'a livré aucune stèle. Il est connu par une charte de 1258, qui permet de le faire remonter à l'extrême fin du XIIème siècle. Le chapitre de Notre-Dame donne son approbation à un acte d'arbitrage mettant fin au conflit qui avait opposé la communauté juive à deux membres de ce chapitre au sujet de la jouissance du cimetière de la rue Galande. Le cimetière était situé entre la rue Galande et la rue du Plâtre. En 1273, il est restitué intégralement aux chanoines et livré au lotissement. Peut-être a-t-il recueilli une population plus modeste que le cimetière voisin, ce qui pourrait expliquer l'absence de stèles.
Une seule stèle a été trouvée rive droite. En 1912, au n° 55 de la rue de la Verrerie, une stèle à arcature trilobée est datée de 1364. La communauté juive commence alors à se rétablir à Paris. Il est possible qu'elle se soit installée dans les parages de l'hôtel Saint-Paul, en abandonnant la rive gauche.
La grande peste:
La grande peste de 1348 montre les mentalités médiévales face à la communauté juive. Sauval rapporte les propos d'un certain David Gantz écrits au XIVème siècle:
En 1348, la mortalité fut si grande parmi les Chrétiens, qu'il n'en resta pas dix ; et les Juifs au contraire furent tous garantis ; ou s'il en mourut ce fut bien peu, et ceux-là étaient de la famille d'Ascher. Cette indulgence du Ciel autant que de la nature, attira sur eux la colère presque de toute l'Europe : en même temps les voilà persécutés et en France et en Espagne et en Allemagne. On les accuse d'avoir empoisonné les puits et les rivières ; chacun se met sur eux pour s'en venger ; et enfin la vengeance fut si cruelle que plusieurs millions furent massacrés. Mais comme ce Rabbin est le seul qui parle de ceci, il y a grande apparence que c'est une fable (Sauval, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. II, p. 518).
Bibliographie:
Jacques le Goff, "Saint-Louis et les Juifs", in Saint-Louis, Paris, Gallimard, 1996 (p.793-814).
Michel Roblin, Les Juifs de Paris, Paris, 1952.
Mark R. Cohen, Sous le Croissant et sous la Croix. Les Juifs au Moyen-Âge, Seuil, 2008 pour la traduction (éditions Princeton, 1994).
Armorial de France et blason de ma famille
Ma famille est sans doute une des très rares familles dont le nom est inscrit à la fois sur le "Mur des Noms" du Mémorial de la Shoah rue Geoffroy-l'Asnier et dans le Grand Armorial de France conservé aux Archives nationales. Le document qui suit est conservé aux archives du CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine). C'est une pièce qui sort à l'origine de l'administration de Louis XIV. C'est une quittance de l'impôt sur les blasons payé par mon ancêtre Josué de Alba en 1698 contenant le blason de ma famille qui fut anoblie sous Louis XIII en 1638 dont l'enregistrement à la cour des Aides de Bordeaux date de 1640. Mon grand-père s'en est servi comme pièce justificative de ses lointaines origines françaises quoique Juif de nationalité russe de Pologne auprès de la Préfecture de la Seine en septembre 1913 pour le renouvellement de ses papiers d'identité et d'autorisation de résident étranger en France. C'est la raison pour laquelle ce parchemin - en peau d'agneau probablement - porte en bas un timbre fiscal et le tampon de la préfecture.
Ce blason est "De gueule à trois têtes de chiens courants d'argent; un chef d'azur chargé de trois molettes d'éperon d'or". Plusieurs branches ont brisé leurs armes d'un lambel de trois pendants. Le Grand Armorial aux Archives nationales contient également les armes de Timothée d'Alba, seigneur de la Gironnie et de Daniel d'Alba, vicomte de Monbazillac: "De Gueule au sautoir d'argent". Mes ancêtres sont aussi répétoriés dans l'ouvrage d'Alfred de Froidefond de Boulazac, Armorial de la noblesse du Périgord, publié en 1891 à Périgueux, réédité en 2002 chez Laffitte Reprints. Ma famille possédait alors au moins six châteaux dans le Périgord: Alba de Lespinassat, de Monbazillac, de Pousset, de la Gironnie, de la Béraudie, de Panisseau, etc. Ce même ouvrage indique que c'est Hélie d'Alba qui fut anobli comme avocat, par lettres patentes de décembre 1638, enregistrées le 12 mai 1640 à la cour des Aides de Bordeaux.
Les couleurs du blason ne sont pas indifférentes. Les couleurs "gueules" (rouge) et "azur" sont ce qu'il est convenu d'appeler en héraldique des "émaux" complémentaires. La couleur "gueules" est rattachée à la planète Mars et à la pierre de rubis; sa symbolique est le désir de servir sa patrie. La couleur "azur" est rattachée à la planète Jupiter, à la pierre de saphir; sa symbolique est la fidélité, la persévérance. Les émaux renvoient ainsi à la fidélité et à l'amour de la patrie, le royaume de France. Les métaux, l'or et l'argent, se complètent également. L'or des molettes est rattaché au soleil et à la pierre de topaze; sa symbolique est l'intelligence, la grandeur, la vertu, le prestige, tandis que l'argent renvoie à la lune, à la perle; sa symbolique est la netteté, la pureté, la sagesse. Tout un système de valeurs qui ne peuvent se comprendre l'une sans l'autre préside ainsi à la constitution du blason. Le lévrier des trois têtes de chiens courants exprime enfin la fidélité au roi. Ils sont aussi l'emblème du Languedoc. Il n'est pas impossible, enfin, de faire une lecture quelque peu ésotérique de la présence de ces trois chiens dans le blason. Le chien héraldique tient souvent le rôle d'un messager. Dans l'épisode de "la cananéenne" (Marc, VII, 24-30 et Mt, XV, 21-28), l'Evangile montre Jésus refusant tout d'abord la grâce aux chiens, puis la jeune femme fait ployer par sa foi Jésus et transforme ses frères en fils, héritiers du royaume. En hébreu, "Kalabim" (les chiens)[כלבים] et "Banim" (les fils)[בנים] ont même nombre: 102.
Il semble donc en conséquence que mes ancêtres n'ont pas choisi leur blason au hasard. Comme étrangers arrivés en France au milieu du XVème siècle, ils ont voulu insister sur leur fidélité au royaume qui les avait généreusement accueilli. Il n'est pas impossible de penser qu'il s'agisse d'un blason parlant, qui traduise le nom Alba. Ce nom, qui signifie "aube" en latin comme en espagnol - puisque ma famille est d'origine séfarade - semble exprimé par les trois étoiles qui se lèvent sur un ciel d'azur à l'aube. Ces étoiles ressemblent de plus à trois étoiles de David resplendissantes dans le ciel, le dessin des molettes, qui s'y prête facilement, ayant été légèrement et volontairement modifié.
L'impôt sur les blasons concernait en 1709 110 000 foyers fiscaux sur quelque 20 millions de Français. Instauré à l'origine pour financer les guerres de Louis XIV, notamment contre la Hollande, foyer calviniste de Guillaume d'Orange, il souleva en France une tempête de protestation, surtout dans les milieux calvinistes comme l'était alors ma famille. La résistance fut telle que dès 1700 cette mesure fiscale fut suspendue. Il fut supprimé en 1709.
Le parchemin ci-dessus sortit pré-imprimé de l'administration des finances de Louis XIV avec la signature de Charles d'Hozier, le héraut du royaume dont la famille possédait cette charge depuis plusieurs générations. Le commis de province des impôts ajouta à l'encre le nom et les titres de mon lointain ancêtre Josué de Alba.
Sont également enregistrées dans le même Armorial de la noblesse du Périgord les branches cadettes de la famille ainsi que celui du vicomte de Monbazillac.
Mes ancêtres étaient originaires d'Espagne; c'étaient des Juifs séfarades. Ils émigrèrent en France vers 1457, trois ans après la fin de la guerre de Cent Ans probablement à cause des premières menaces de l'Inquisition et des pogromes qui avaient pris une certaines ampleurs depuis une bonne cinquantaine d'années en Espagne dès la fin du 14ème siècle. Etaient-ils déjà convertis avant de s'installer à Bergerac où leur nom apparaît dans les Jurades de Bergerac en 1457? Ou se sontils convertis par la suite? Ils achetèrent en tout cas la terre de Lespinassat qui désigne un lieu épineux et peu propice sans doute à la culture.
Après la guerre de Cent Ans, le pays était détruit. Mes ancêtres furent de ceux, étrangers, qui contribuèrent à son réaménagement. Il est sans doute significatif aussi qu'ils s'installent en dehors de la ville de Bergerac, à quelque trois kilomètres au sud. Ils devinrent d'abord vignerons et firent bâtir le château de Lespinassat, aujourd'hui classé monument historique de France. Ils avaient comme voisin Montaigne, également d'origine juive. Mes ancêtres devinrent calvinistes comme de nombreuses familles d'origine juive du Périgord. Puis, avocats, procureurs du roi, maires de Bergerac. Une évolution assez commune et partagée notamment par la famille de l'ancien chancelier de François 1er, Duprat, d'origine auvergnate. Louis XIII eut une politique d'anoblissement de la bourgeoisie qui avait pris racine dans la magistrature afin de construire l'administration du pays et lutter contre l'arrogance des grands du royaume. C'est ainsi que ma famille devint noble, de cette noblesse de robe de province dont il est tellement question chez Balzac, notamment dans le coeur de son oeuvre, Illusions perdues.
Le blason de ma famille a été adopté par la ville de Thénac, non loin de Bergerac, où se trouve le château de Panisseau, abritant encore un vignoble réputé. Il partage le blason de Thénac avec celui de de la famille de Caumont de Lauzun, de Puyguihlem, son fief.
Alors la question est maintenant de savoir comment le parchemin de Josué de Alba est parvenu jusqu'en Pologne, et même jusqu'en Russie à Pskov, d'où mon arrière grand-père, Tsaalit Alba le ramena à Paris en 1913 pour le remettre à son fils, mon grand-père, comme une relique précieuse qu'il ne savait pas lire et encore moins analyser le contenu et la portée.
La seule hypothèse qui tienne est qu'après la Révocation de l'Edit de Nantes par l'Edit de Fontainebleau, il a fallu faire des choix cruciaux dans la famille. Les uns, pour préserver leur bien et leur rang sont devenus catholique. Ce fut le cas de Daniel d'Alba, vicomte de Monbazillac, qui se convertit au catholicisme. Mais cette branche s'éteignit vers 1730. Le nom se perdit dans les mariages avec les familles nobles de la région quoiqu'il demeure présent dans la mémoire des lieux et des rues à Bergerac. Mais d'autres, rebelles à toute conversion forcée, choisirent de s'exiler pour rester calvinistes. Ce fut notamment le cas de Josué, qui très probablement émigra à Amsterdam parce que la famille avait déjà des cousins, nobles également, qui s'y étaient installés, les Eyma de Frégiguel, avocat au parlement, qui portait "De gueule à trois besant d'argent". Des historiens ont pu établir les liens étroits entre Bergerac et Amsterdam au 17ème siècle dans le commerce international du vin que la Révocation de l'Edit de Nantes n'a fait que renforcer en permettant un accroissement des échanges contrairement aux idées reçues sur la question. La France a chassé les calvinistes de son royaume et en a largement tiré profit pour son économie.
C'est ainsi que le parchemin a traversé les océans, les mers jusqu'en Pologne où les descendants de Josué de Alba ont dû probablement arriver à Danzig vers 1730 grâce au commerce hanséatique du vin et de l'alcool qui descendait la Vistule jusque dans les terres de Pologne et parvenait jusqu'en Lituanie via Amsterdam. C'est probablement à Amsterdam qu'ils sont redevenus Juifs. Le parchemin a ensuite été à nouveau chassé de Danzig à la fin du 18ème siècle à cause des guerres avec la Prusse, qui a chassé les Juifs. Ma famille s'est ainsi très certainement installé vers cette époque à Raciaz, c'est-à-dire au tourant du 18ème siècle. Après 1905, la famille s'est dispersée. Les uns sont probablement restés à Raciaz malgré les pogromes, Srul Alba et Abram Alba, qui n'ont pas émigré à Pskov, où ils n'apparaissent pas dans les archives juives de la ville. En revanche, le frère de mon grand-père, Moïse Leib Tsaalkovitch Alba s'est installé avec toute sa famille à
Pskov, où trois enfants sont nés, une fille aînée en 1907, dont j'ignore le nom, la date, le lieu et la cause de sa mort, une soeur cadette, Vera Alba, née en 1909, qui a survécu à la guerre de manière certaine puisqu'elle vivait, encore en 1985, à Saint-Pétersbourg/Leningrad cité Bolchevikov dans les banlieues sordides de la ville, et un frère, le benjamin, Chaïm Alba, né en 1911, dont j'ignore agelement le sort. Des cousins émigrèrent aussi à Pskov en 1905, Lev Alba et sa femme Louise Leib, qui vivaient à Wloclawek. Ils eurent trois filles, dont deux, Ioulia et Lydia livovna Alba, vivaient encore en 1985 à Saint-Pétersbourg dans un de ces grands appartements où vivaient plusiurs familles, rue Sovietskaya, près de la gare de Moscou. Mais j'ignore ce qu'est devenue l'aînée et leurs parents. Ils sont probablement morts à Leningrad durant la guerre.
Le parchemin de Josué de Alba est revenu en France grâce à mon arrière grand-père qui fit le voyage à Paris de Pskov, où il vivait en exil chez son fils Moïse à Pskov, rue Archangel, devenue rue Lénine en 1924 (Lénine avait habité juste en face entre mars et juin 1900, avant son exil en Europe, à Paris).
Mon arrière grand-père était né en 1840 à Raciaz; il est décédé après 1926 sans doute à Pskov mais je n'en suis pas sûr. Mon arrière grand-mère, Joska Alba, née Henne, est décédée sans doute un petit peu avant selon ce que suggèrent des lettres de Pskov. A gauche, on peut voir mon arrière grand-mère Perla Schneider, décédée en juin 1927 à Paris. Au second plan, c'est mon père avec ses parents. Mon arrière grand-père porte la tenue traditionnelle des Juifs et la barbe. Il a sur la photo 73 ans; il vivra vieux mais a l'air épuisé. Il devait être artisan, peut-être tanneur comme des cousins de 1863 dans les archives de Plock en Pologne. On voit qu'il lui manque des doigts à la main droite.Mon grand-père habitait alors rue Joubert depuis 1910. En 1916, il allait emménager au 63 boulevard Haussmann sur trois étages pour sa maison de haute couture et une boutique dans la cour de l'immeuble pour vendre ses productions de vêtements pour dames, robes, manteaux, fourrures et à partir de 1919 sans doute des manteaux de cuir pour dames, les premiers qui devinrent ensuite à la mode pour la bourgesoisie qui assistait aux courses alors à Pau.
Bibliographie sommaire:
Jacques Beauroy, Vin et société à Bergerac Du Moyen Age aux temps modernes, Stanford French and Italian Studies, Anma Libri, 1976.
Alfred de Froidefond de Boulazac, Armorial de la noblesse du Périgord, Laffitte Reprints, Marseille, 2002.
Claude Wenzler, L'héraldique, Editions Ouest-France, Rennes, 1997.
Patrick Millet, Le Chien héraldique dans l'armorial européen, Pardès, Puiseaux, 1994 (Thèse pour le doctorat vétérinaire diplôme d'Etat soutenue en 1989 à l'université Paul-Sabatier de Toulouse).
Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Age occidental, Le Seuil "La librairie du XXIè siècle", Paris, 2004.
Une pédagogie obscène dans nos banlieues
Les difficultés dans lesquelles les enseignants de banlieue sont obligés de se débattre, sont multiples. A l'automne 2003, je voulus participer à un vaste concours sur la résistance organisé par l'Inspection Académique de Bobigny en collaboration avec une association qui a son siège à Troyes et dont on voit parfois ses émules à la télévision dire trois mots sur la déportation des Juifs durant la dernière guerre, confondant une fois de plus les résistants déportés en tant que résistants et le sort réservé aux Juifs, ce qui est tout autre chose. Mon intention pédagogique était d'étudier avec mes élèves de 3ème le roman de Fred Ullmann, L'Ami retrouvé, et de travailler en collaboration avec cette association. Mais cette année-là j'eux le plus grand mal à faire comprendre à mes élèves que tous les Juifs n'étaient pas des banquiers, que l'énorme majorité des Juifs étaient effroyablement pauvres, notamment en Pologne, en dépit de la poésie de la misère des tableaux de Chagall et des contes et romans yiddish, que le héros ne se reconnait pas forcément dans les attendus de la religion juive et que sa collection d'Antiquité grecque faisait plus de lui un Allemand qu'un Juif, obsédé par un de ces mythes typiquement allemands, dont Hölderlin s'est fait le héraut et le chantre, sur l'origine grecque de l'identité de l'Allemagne. Mais rien n'y fit; les clichés ont la vie dure!
Mais le plus grave et le plus inquiétant, c'est que l'institution elle-même y a sa part de responsabilité. Car quand la responsable de l'Inspection Académique de Bobigny chargée du projet vint me voir dans mon établissement en compagnie de deux membres de cette association, elle commença par me sortir sur son ordinateur portable une vue de la Cité de la Muette actuelle qui voulait contredire ce que je disais, qui est pourtant la vérité de l'histoire de notre pays: les premières plaques commémoratives, où j'avais l'intention de conduire mes élèves, à la Cité de la Muette, apposées au milieu des années 50, ne concernent absolument pas et ne reconnaissent pas non plus ce lieu comme l'anti-chambre d'Auschwitz en France mais comme un stalag où l'armée allemande fit prisonniers des soldats anglais. Je voulais avec mes élèves faire tout un travail sur l'histoire de la mémoire pour leur montrer le déni, longtemps, en France, du martyre juif en tant que tel. Mais rien n'y fit auprès de cette responsable de l'Inspection Académique de Bobigny. Ma colère commençait à monter; elle éclata quand l'un des membres de cette association patronée par l'Inspection Académique elle-même, se mit à me dire, en se référant explicement à l'historien israélien Tom Seguev, que les Juifs taient aussi responsables de leur déportation, sous prétexte qu'ils avaient essayé durant la guerre de négocier avec les nazis la déportation des Juifs en Palestine. Ma colère fut à son comble quand ces deux responsables de l'association développèrent devant moi la pédagogie qu'ils comptaient mettre en oeuvre (et qu'ils ont mis en oeuvre dans les autres établissements sous la responsabilité de l'Inspection Académique de Bobigny) avec mes élèves. Ils avaient comme projet de montrer la souffrance des Juifs gazés à Auschwitz en utilisant des boîtes à chaussures que mes élèves auraient peints en noir pour imiter les chambres à gaz et, alors qu'on aurait fait brûler une bougie dans ladite boîte à chaussures, les élèves auraient récité des textes sur le thème de la Shoah. J'étais horrifié par un tel projet que je jugeai obscène et insupportable. J'étais tellement scndalisé que je ne sus pas trouver les mots pour dire mon sentiment de réprobation et d'horreur. Je refusai tout net ce projet et mon chef d'établissement, qui n'y trouvait rien à redire alors qu'il avait assisté à la scène, dut me considérer décidément d'un mauvais oeil.
J'assistais à la fin de l'année scolaire à une conférence organisée par une association d'enseignement pour les enseignants sur le thème "Peut-on enseigner la Shoah?" auquel participaient l'historienne Annette Wieviorka, un journaliste du Monde de l'Education, dont j'ai oublié le nom, Mme Greespan, qu'on voit parfois sur les plateaux de télévision et qui accompagne souvent des élèves de lycée à Birkenau, ainsi qu'une enseignante d'histoire de lycée, membre de l'association. Durant cette conférence de nombreux collègues montrèrent que des collègues étaient victimes de persécution par leurs élèves sans que leur chef d'établissement ne s'en occupe le moins du monde et qu'il était très difficile de venir à bout des clichés les plus éculés sur les Juifs, y compris dans la bonne bourgesoie française bien élevée et bien éduquée. Le journaliste du Monde, à propos de la pédagogie prônée par l'Inspection Académique de Bobigny, qui concernait tout de même quelques milliers d'élèves de Seine-Saint-Denis pour ce concours de la résistance, eut cette réplique cinglante: "c'est tout simplement obscène". Un seul journaliste, M. Askolovitch, écrivit un long article courageux dans la revue L'Histoire, sur les dérives du système éducatif et les persécutions de plus en plus fréquentes dont sont victimes les enseignants dans l'exercice de leur métier aujourd'hui.
Destin (I) de mon grand-père : juif émigré russe à Paris et grand couturier entre 1910 et 1920
Mon grand-père était originaire d'une petite bourgade de Pologne, alors sous domination russe, Raciaz ou Racionz, transcrite Ratchoum sur son passeport. Un de ces stetele du yiddishland. Sa langue maternelle était le russe, il était citoyen russe mais il était né en Pologne. Il parlait donc aussi le yiddish, comme tous les Juifs, donc aussi l'allemand, le polonais, puis plus tard, une fois à Paris, le français, un mauvais français truffé de fautes.
Longtemps, durant des décennies, je n'ai pas su où situer sur une carte la bourgade de Raciaz. Ce n'est que grâce à l'Internet et au J.R.I. (Jewish Records Indexing) que j'ai pu la retrouver et la situer. Cette ignorance est symptomatique de l'émigration juive du début du XXème siècle. J'ai pu me rendre compte que de nombreuses autres familles étaient demeurées longtemps dans une même ignorance. La transmission de l'histoire familiale ne s'est pas faite. Pourquoi? Si la bourgade juive est devenue mythique dans les fameux izhkor books ou Mémoriaux écrits par les rescapés de la Shoah après la guerre, la réalité en était assez éloignée.
La misère, qui n'avait rien de la poésie des tableaux de Chagall, le disputait aux tensions avec la population polonaise et à l'intérieur des communautés juives avec les différents courants parfois très opposés qui ont présidé à la naissance du sionisme, allant de l'extrême gauche à l'extrême droite. La vie était loin d'être tranquille et dévouée aux seuls rites de la Tora dans les stetele de Pologne. La vie y était souvent étouffante. Si la tenue vestimentaire de mes arrière grands-parents suggèrent qu'ils appartenaient à une génération (née en 1840) traditionaliste, il n'en allait plus de même pour la génération de mon grand-père, né en 1876. Il n'avait qu'une seule aspiration, c'était de devenir un Juif moderne, selon le courant de la Haskala qui avait pris une grande ampleur en Mazovie non loin de Racionz, à Plock vers la fin du XIXème siècle. Mon grand-père aspirait à devenir un bon bourgeois à l'occidendal tout en gardant sa spécificité juive.
On a du mal aujourd'hui à imaginer ce que pouvait être cette bourgade juive avec ses chevaux sur la place du marché (rynek, en polonais) qui offre au regard actuel un charmant petit parc là ou autrefois s'étalaient les étales des marchands. On peut s'en faire malgré tout une idée grâce aux quelques images préservées par les cartes postales de l'époque.
Après son service militaire à la forteresse Modlin, au nord de Varsovie, puis à Odessa, il alla s'installer, à l'automne de 1901, comme tailleur à Wloclawek, la grande ville sur la Vistule avant Varsovie, à l'ouest de Plock. Il bénéficiait des lois plus démocratiques pour les Juifs depuis les réformes des années 1880. Autrefois, les Juifs devaient entrer au service de l'armée dès l'âge de 14 ou 15 ans et leur temps de service pouvait durer une quinzaine d'années. C'était la communauté juive qui les désignait aptes ou pas selon leurs revenus, ce qui ne manquait pas de créer des tensions à l'intérieur de la communauté; les plus riches payaient un impôt en guise de service dans l'armée du Tsar. Il est probable que le père de mon grand-père fit un long service militaire étant donné l'âge où il eut son fils, à quelque trente-six ans, ce qui était très tardif,les Juifs se mariant en général très jeunes. Il n'est impossible de penser que mon arrière grand-père participa ainsi à la guerre de Crimée contre la France. La communauté juive de Wloclawek, dont j'ai déjà parlé, était importante. Elle vivait dans les vieux quartiers sur les bords de la Vistule, autour de l'ancienne place du marché, flanquée de l'église St Jean le Baptiste.
Face à l'église, en direction du sud, s'allonge la longue rue Szeroka, appelée encore Nowa ulica (aujourd'hui rue du 3 Mai), qui abritait de belles demeures et des commerces, dont le photographe Sztejner, où mon grand-père se fit tirer le portrait, entre octobre 1901 et 1902, date de la fin de l'ère Sztejner à Wloclawek. Au moins quatre membres de la famille y vivaient en même temps que mon grand-père, dont j'ai pu retrouver en partie les noms sur son passeport parisien de 1919 et à Pskov, au sud de Saint-Pétersbourg, où Lev Alba et sa femme Louise Lejb avaient émigré vers 1905. Il ne reste absolument rien de cette communauté juive de Wloclawek aujourd'hui, même au musée d'histoire de la ville, à part quelques vues de la ville par Sztejner, alors qu'elle était présente dans la ville depuis des siècles.
Quelle était la vie de mon grand-père à Wloclawek? Rien ne permet de le savoir, rien n'en a été transmis dans la famille. Il sortait de son service militaire, il était jeune, plein d'espoir et d'ambition; il devait exrcer déjà son métier de tailleur, l'industrie du vêtement était prospère. Il était sorti de son stetl de naissance pour habiter la grande ville. Par rapport à ses ancêtres, ne serait-ce qu'à ses parents, c'était déjà une toute autre existence, moins ancrée dans la tradition, plus ouverte, plus moderne. Les courants politiques et idéologiques à l'intérieur de la communauté juive de Pologne devaient donner à la vie de chaque jour ses impulsions propres.
La ville s'est industrialisée mais le vieux quartier juif a gardé tout son charme malgré les destruction des guerres et les pogromes qui ont vidé la ville de toute présence juive. Où logeait mon grand-père? Etait-ce une de ces petites demeures, modestes mais si mignonnes sur la place du vieux marché, où eurent lieu bien plus tard après son départ de Pologne, en 1939, des événements horribles comme le montre dans un tableau un autre grand peintre, E. Dwurnik. A son époque, c'était l'occupation russe, qui accroissait les tensions. Les autorités russes firent construire sur la nouvelle place du marché, aujourd'hui place Wolnosci, une église orthodoxe, entre 1894 et 1905, que d'anciennes cartes postales permettent de s'en faire une idée, ainsi que de la nouvelle place du marché. Elle occupait le centre de la place et fut rasée dans les années trente après l'indépendance de la Pologne. J'imagine mon grand-père s'enfonçant dans la rue Brzeska que l'on aperçoit au fond de la photo à gauche - c'est la rue qui mène à la cathédrale ituée au bord de la Vistule - pour se rendre dans le quartier juif, les rue Cyganka et Zabia, parallèle à la Vistule, où se dressait, flanquée de ses quatre tourelles d'angle, la synagogue, construite en 1854, qui fut incendiée par les nazis en septembre 1939, et dont il ne reste rien, pas même le souvenir dans la mémoire collective de la ville, à la grande honte de la Pologne.

La nouvelle place du marché, avec ses charettes, ses chevaux, la façade du grand hôtel qui s'allonge toujours de part et d'autre de son vaste porche sur le côté sud, donnait à la vie de province, un tour calme et tranquille. Mais ce n'était qu'une façade. La vie ne devait pas y être si facile pour les Juifs si mon grand-père l'a quittée. Les pogroms de 1905 ont succédé à ceux des années 1880 à la mort d'Alexandre. Une grande partie des Juifs de la ville émigrèrent à l'ouest et à l'est. Ma famille se dispersa dans les deux directions.
Je sais de manière certaine que Lev Alba, sans doute un cousin germain de mon grand-père, émigra avec sa femme, Louise Lejb, en Russie à Pskov, où ils eurent trois filles, Ioulia livovna et Lydia Livovna Alba. Il n'est pas impossible que ce cousin fût également tailleur. 
De Pskov, ils émigrèrent encore après, dès le milieu des années 1920, sans doute après la mort de Lénine, qui occasionna vraisemblablement des troubles à Pskov où la vie pour les Juifs devint plus difficile, vers Leningrad pour se fondre dans la grande ville. Ces deux cousines survécurent au blocus de Leningrad pendant la guerre. Le responsable des archives juives de Pskov, M. Levin, un ancien magistrat pris de passion pour l'histoire de Pskov, est allé rencontrer mes deux cousines en personne en 1985 à Saint-Pétersbourg. Elles vivaient toutes les deux ensemble dans un de ces vastes appartements qui abritent plusieurs familles, avec de longs couloirs, au n° 27 de la Deuxième rue Sovietskaya, tout près de la gare de Moscou, en centre-ville, un immeuble à la belle façade de granit qui cache, comme souvent à Saint-Pétersbourg, des cours et arrière cours sordides et des escaliers délabrés où l'on glisse sur les excréments.


Sur cette ancienne vue, on aperçoit au fond avec sa petite tour au sommet; la longue rue à droite est la rue Szeroka (actuelle rue du 3 Mai) qui croise la rue Zabia et Cyganka pour se diriger sur la place du vieux marché bordant la Vistule. La vue suivante montre le palais Mühsam à l'époque où y vivait mon grand-père avec à gauche le grillage entourant l'église russe orthodoxe; le palais actuel est devenu une pharmacie, un destin assez naturel pour un bâtiment signifiant "avec peine" en allemand.
Ces quelques images anciennes ont été prises par le grand photographe de la ville, B. Sztejner, qui dut émigrer en 1902, date qui me sert de terminus a quo pour déterminer la date à laquelle les photos de ma famille furent prises. Le musée d'histoire de la ville offre quelques-unes de ses vues. Il fut remplacé par Szalwinski. Il est émouvant de voir ces bâtisses qui ont traversé le temps, près desquelles a marché mon grand-père, qu'il a vues. A les regarder trop longtemps, le monde alentour devient fantomatique.
Que s'est-il passé à Wloclawek exactement en 1905 pour que mon grand-père et de nombreux autres Juifs soient contraints à l'émigration? Je n'en sais rien. Un pogrom contre les Juifs eut lieu, c'est la seule certitude. Les auteurs en sont les Polonais, c'est aussi une certitude. Mais je ne connais aucun récit qui relate ces événements tragiques. Seuls les massacres contre la population juive lors de l'invasion de la Pologne par l'armée allemande ont suscité récits et peintures. Mais le détail des précédents pogroms sont soigneusement tenus dans l'ignorance. Il est néanmoins probable qu'il existe des ouvrages sur ces événements. Quoiqu'il en soit, c'est de Wloclawek que partit mon grand-père - sa dernière résidence en Pologne russe, indique son passeport (doc. CDJC) - pour Paris. Il partit à la fin du mois de janvier 1905 pour arriver à Paris le 1er février exactement. C'est ce qu'indique notamment son extrait du registre d'immatriculation à la Préfecture de la Seine.

L'intérêt de ce type de document administratif est de montrer le fonctionnement de l'identification des résidents étrangers en France au début du XXème siècle. Au fil du temps, l'administration a reporté les changements de statut (célibataire, puis marié), la naissance de mon père, les différentes adresses, d'abord rue Bellefond, puis rue Joubert; mais deux adresses sont omises, sans doute parce qu'elles apparaissaient sur d'autres documents comme son passeport, 112 boulevard Rochechouart au moment de son mariage et ensuite, à partir de 1916, boulevard Haussmann, n°63. Il est vraisemblable de penser qu'il n'émigra pas seul; son passeport laisse entendre qu'il était accompagné par M. Lévy qu'on retrouvera par la suite, et peut-être aussi M. Wolf, qui habitait en 1919 boulevard Victor Hugo et dont un fils devint avocat selon les papiers de mon père conservés au CDJC. En débarquant de Pologne, où vivaient les Juifs polonais et russes? Beaucoup dans le quartier de Montmartre et aux alentours, le boulevard Rochechouard, très populaires alors depuis le milieu du XIXème siècle et la naissance de la vie nocturne hors des murs de Paris, dont parle notamment Flaubert dans son grand roman, L'Education sentimentale. Cette zone de Paris servait en quelque sorte de sas à l'émigration juive, qui n'était pas cantonnée au quartier du Marais, comme on pourrait le penser trop facilement. La politique de l'émigration en France à cette époque intégra entre 1880 et 1914 plus d'un millions d'étrangers, la plupart venus de l'est de l'Europe. Plus de 50 millions d'Européens émigrèrent par ailleurs en dehors du continent européen entre 1815 et 1914, dont une grande partie d'Italiens, vers les Etats-Unis, la France ayant en quelque sorte comme sas de sécurité l'Algérie et les colonies, ce qui ne fut pas sans conséquence sur la mentalité des Français à l'égard des étrangers et à l'actuelle raidissement xénophobe des politiques de l'émigration en France, assez différentes par exemple de celles de l'Italie et de l'Espagne, pays qui ont connu jadis de forts taux d'émigration de leur population à cause de la misère, qui a toujours été et sera toujours la raison essentielle de toute émigration.
Si son frère, Moshe-Lejb Alba, mon grand-oncle paternel, qui habitait également Wloclawek comme artisan dans la quincaillerie (ce qu'on appelait autrefois en France un "marchand de couleurs"), choisit la Russie et la ville de Pskov pour lieu d'émigration avec sa femme Calka (où ils eurent trois enfants, deux filles aînées, dont Véra, qui survécut à la guerre à Leningrad, et Chaïm, le benjamin qui mourut probablement à Leningrad et qui était devenu violoniste dans l'orchestre de Moscou), mon grand-père Raphaël Alba, lui, choisit la France et retrouvait ainsi les lointaines racines françaises de notre famille remontant au 17ème siècle, époque glorieuse où nos ancêtres, convertis au calvinisme dans le sud-ouest de la France comme de nombreux Juifs d'origine séfarade, avaient eu une cousine devenue une des nombreuses maîtresses non officielles de Louis XIV à la Cour de Versailles, Lydie de Rochefort de Théobon (sa grand-mère maternelle était d'Alba et elle a probablement passé une partie de son enfance dans le château de Lespinassat fondé par mes ancêtres, avant de monter à Paris sous l'autorité de son père, issu d'une très ancienne famille noble du plateau de Mille Vaches, où demeure encore de nos jours les ruines du château de Rochefort), dont parle Madame de Sévigné dans quatre de ses lettres entre 1670 et 1676, mais avaient été contraints à l'exil en Hollande par l'Edit de Fontainebleau révoquant l'Edit de Nantes, qui chassait les Protestants de France. Mon grand-père ignorait bien sûr tous ces faits de la famille, qui avaient été perdus dans la mémoire familiale à travers les exils successifs, les océans, les mers, les guerres entre la Prusse et la Pologne, les pogroms et les incendies des maisons et, en partie, des archives de Pologne.
Mon grand-père ne transmit aucune histoire familiale de sa vie d'avant à mon père pour la simple et bonne raison qu'il n'avait connu en Pologne que la haine des Polonais et qu'il "détestait" en retour les Polonais , me dit un jour mon père, une des très rares fois où il évoqua la figure de mon grand-père. La rupture fut donc extrêmement brutale entre les deux mondes, entre les deux Europes, entre les deux périodes de sa vie. Un monde nouveau s'ouvrait à lui, un monde de liberté, un monde qui avait donné la citoyenneté aux Juifs à la Révolution, où il était possible d'être Juif et de vivre non seulement en paix mais de s'enrichir par le travail. Mon grand-père était sans conteste ambitieux et devint à force de travail, un travail dur et acharné, en moins de dix ans, très riche comme tailleur pour dames à Paris, où il fonda sa propre maison de haute couture rue Joubert, qui était encore au XIXème siècle et au début du XXème siècle la grande rue de l'élégance et du luxe parisien, comme l'atteste à nouveau le roman de Flaubert, où il met en scène le personnage de Rosanette, une prostituée de luxe, qui y achète des gants. La branche russe de la famille ne donna pas de descendance après la génération de mon père. Le communisme, pour ceux qui survécurent à la guerre, étouffa toute prospérité, tout espoir, tout développement personnel; il fut même criminel envers ma famille à Odessa et aussi à Pskov comme peut le laisser entendre une lettre en russe de Pskov qui exprime de manière voilée en raison de la censure dès les années 1920 les persécutions dont les enfants de Moshe Alba furent victimes, notamment avant 1926. Les membres de la famille restés en Pologne après 1905 disparurent vraisemblablement à Treblinka ou avant dans les pogroms des années 30, car on ne trouve aucune trace de leur acte de décès dans les archives de Plock ou de Mlawa.
Mon grand-père n'était pas aussi ancré que ses parents dans la tradition juive. Entre la génération née en Pologne en 1840 et la sienne, née en 1876, l'évolution vers la modernité, l'assimilation grâce à l'enseignement de la Haskala (les Lumières dans le monde culturel juif) à partir de Berlin et de Mendelsohn à la fin du 18ème siècle, est sensible chez mon grand-père. Sa bibliothèque le montre. Il fit venir de New York, où un fils Lévy avait émigré, une édition complétée à New York du grand livre du Professeur Henrich Graetz, datant du milieu du XIXème siècle en Allemagne, sur l'histoire des Juifs depuis l'Antiquité, un livre qui fit date dans l'historiographie allemande de l'histoire des Juifs, un livre écrit en yiddish, que mon grand-père a lu, ainsi que le Mahzor dans une édition de Franfort avec des commentaires en allemand et des prières spécifiques aux Juifs d'Allemagne, notées comme telles dans la Tora. Mais il fréquentait la synagogue à Wloclawek et à Paris.

Cette synagogue, dont ne parle même pas le musée d'histoire de la ville à la grande honte de la Pologne actuelle et de son ministère de la culture, fut incendiée par les nazis avec le concours des Polonais en 1940. Il n'en reste absolument rien, y compris dans la mémoire de la ville.
Après janvier 1905, toute la famille fut dispersée en Europe, mon grand-père à Paris, son frère et sa femme en Russie, avec les cousins, d'autres encore en Pologne. Il est vraisemblable de penser que mon grand-père ne savait pas que son frère et ses cousins avaient émigré à Pskov. Il l'apprit sans doute des années plus tard, pendant lesquelles il resta donc sans nouvelles d'eux, grâce à ceux qui étaient restés en Pologne et au neveu Lévy qui avait émigré à New York. Mon grand-père apprit par une lettre de ce neveu qui s'adressait à son oncle à Paris, une lettre conservée dans la famille et aujourd'hui aux archives du CDJC, que son frère, en janvier 1908, ne se trouvait plus à Wloclawek. C'est donc après janvier 1908, trois ans au moins après son départ de Pologne, qu'il eut des nouvelles de sa famille émigrée en Russie. Mais le contact fut renoué pour disparaître en 1935, où la ville de Pskov, à cause de l'assassinat de Kirov par un sbire de Staline, assassinat qui inaugura la période des grandes purges, Kirov étant le chef du parti communiste pour la région de Leningrad incluant Pskov, devint une ville fermée. La dernière lettre en russe de Moïse Alba à ma grand-mère à Paris date en effet de 1935.
Transcription de cette lettre en écriture latine:
New York, 1er janvier 1908.
Thayerster onkel Lévy
Es wundert mikh zehr wos du so ayn lange tsayt anwortest nisht tsu. Du host erhalten dem tikket, liber onkel Levy. Du zollt nisht denken dos der tikket kost gar nisht. Der tikket kost 50 tollar (dollars). Du zollst nisht denken dos mayn fater izt ayn gwyer. Du zollst nisht denken der fter ken farlirn 50 tollaer so shnell. Der tikket wet nisht lengs oysgeen der tsayt. Es iz shohn bald ayn yahr weit. Der tikket iz genimmen gewaren lenger. Weit ayn yahr geht nisht der tikket. Also liber onkel ich bitte dikh zehr und zehr os. Du zollst dikh Arim zehen weit am shnellsten und anwort sheiben tsu. Du west reisen tsu nisht. Bitte nisht andersh tuhn nachtsushreiben.
Yetst liber onkel, kumme ich dir tsu shreiben wos ikh hobe zikh gezeen mit ayn man wos iz fun Pariz gekummen und er ken dikh und du kenst em aokh. Zayn nammen iz Peter Kowska. Mit Marda hot zikh mayn fater gezeen und zie hoben erstehlt wi dir erghet in Pariz. Hoffe ikh dos in Amerika wolt dikh gewiss besser gewezen zayn. Hoben mikh gezagt dos du bizt ayn dizyner. In Amerika ayn dizayner fardinht 100 tollar biz 150 tollar. Awokh denke ikh mehr iz 150 tollar wi 60 frank. Filaykht host du kayn geld nisht halt ab fun dayn reize. Also braechst kayn geld nisht. Du west noch hoben tsu essen in Amerika und geld aokh, liber onkel Levy.
Zei hoben os, zei hoben gezeen bey dir dem tikket und du anwortest nisht und mayn fater krank zikh dafun. Also ikh hoffe dos du west nisht andersh tuhn nach anwort sheiben tsu. Du west kummen tsu nisht. Du zollst nisht gigen wos es iz shlechte tsayten in Amerika wi shlecht es iz. Iz nisht besser wi in Pariz wen es iz gite tsayten. Ikh lere zikh aokh dizayner yetst !
Ikh arbeit noch in zelben plez wi ikh hobe gearbeitet und ikh fardihnt gesund nisht shlecht. Ich arbeit bey dammen arbeit. Ikh hobe mikh nisht fargeshtelt dos du weist zayn so fahl of un feder. Wen du willst filaykht nisht kummen, zollst waynigsten den tikket tsurikshikken wet der fater Hazek hoben 20 taller. Also ikh dir darek wos du zollst kummen: kayn Amerika mehr kayn nayes tsu shreiben fun mikh dayn nefie Moshe Levy, wos hoft of gite nakhrisht tsu bekummen.
Mazel tof mayn Piet hot geboren, ayn zohn mit Mazel. Moshe Lejb shreibt aokh nisht, kayn letters nisht und fun Wlotslawek bekummen mir aokh nisht kayn letters nisht. Ikh mit mayn fro grise dikh zehr hertslikh, mayn zohn grist dikh zehr herstlikh, mayn fatr und mitter und shwester grisen dikh zehr herstlikh.
Moris/Moshe Levy
May faters adress: M. Levy, 204 Delancey Street, New York City
Dos izt mayn adress:
M. Moris Levy
124 - 6 - 8 - E. 107 Street New York City
Ikh hoffe of gite anwort, shreibe of mayn adress ayn letter.
Traduction:
New York, 1er janvier 1908.
Cher oncle Lévy,
Je suis très étonné que depuis si longtemps tu ne répondes pas. Tu as reçu le billet, cher oncle Lévy. Tu ne dois pas penser que le billet ne coûte rien. Le billet coûte 50 dollars. Tu ne dois pas penser que mon père est quelqu'un qui jette l'argent par les fenêtres et qu'il peut se permettre de perdre 50 dollars comme ça. Le billet va bientôt dépasser sa période de validité. Il s'est déjà écoulé bientôt une année. Le billet a été acheté depuis longtemps. Or, au-delà d'une année, il n'est plus valable. Alors, mon cher oncle, je ten prie instamment, tu dois aller voir Arim le plus vite possible et écrire une réponse. Tu veux voyager pour rien. Je t'en prie n'agis pas autrement après avoir écrit.
Maintenant, cher oncle, j'en viens à te dire que j'ai rencontré un homme qui vient de Paris et qui te connaît et tu le connais aussi. Son nom est Pierre Kowska. Marda et mon père se sont vus et ils ont raconté comment cla se passe pour toi à Paris. J'espère que tu vas venir en Amérique et les choses s'arrangeront assurément bien mieux pour toi. Ils m'ont dit qu tu es tailleur. En Amérique, un tailleur gagne 100 dollars et jusqu'à 150 dollars. Je pense même que c'est plutôt 150 dollars, ce qui fait 60 francs. Peut-être n'as-tu pas d'argent. Gardes-en peut-être, ce sera pour le voyage. Il t'en restera encore pour manger en Amérique et de l'argent aussi, cher oncle Lévy.
Ils disent qu'ils ont vu chez toi le billet, et tu ne réponds pas et mon père en est malade. Alors j'espère que tu n'as pas l'intention d'agir autrement une fois que tu auras écrit ta réponse. Tu veux venir pour rien. Tu ne dois pas refuser sous prétexte que les temps sont durs en Amérique, aussi mauvais soient-ils. Ce n'est guère mieux à Paris, même s'il y fait bon vivre. J'enseigne par ailleurs le métier de tailleur à présent !
Je travaille encore à la même place où j'étais et je gagne ma foi pas mal ma vie. Je travaille chez un tailleur pourt dames. Je ne m'étais pas imaginé que tu étais si paresseux de la plume pour écrire. Au cas où tu ne voudrais pas venir en Amérique, tu dois au moins renvoyer le billet. Le père Hazek n'a plus que 20 dollars.
Bon, voilà le conseil que je te donne: tu dois venir en Amérique. Je n'ai plus rien à te dire: ps d'Amérique, pas de nouvelles à te dire. Je reste ton neveu Moshe et j'espère recevoir de bonnes nouvelles de toi.
Grâce à D. (mazel tov), mon Pit est né, un fils D. soit loué. Moshe Leib n'écrit pas non plus, aucune lettre, et de Wloclawek, je n'ai rien reçu non plus, pas la moindre lettre. Je t'embrasse de tout mon coeur très affectueusement, mon fils t'embrasse très affectueusement, mes père et mère t'embrassent très affectueusement et mes frères et soeurs t'embrassent très affectueusement.
M. Lévy.
Cette lettre traduit et exprime en des termes parfois vifs une tranche de vie des émigrés de Pologne aux Etats-Unis. Si certains ont poussé l'émigration jusqu'à New York, la politique de l'émigration en France a atteint ses objectifs, à savoir maintenir en France la main d'oeuvre émigrée pour permettre et renforcer la prospérité économique de la France. Mon grand-père et son ami Lévy ont profité de cette politique. Tous les deux, en peu d'années, se sont enrichis par le travail. Cette lettre permet de sentir par ailleurs toutes les difficultés de cette période, l'adaptation, l'argent, le travail, les problèmes d'émigration, les nouvelles qui ont du mal à se transmettre d'un continent à l'autre et en Europe même parce que les membres d'une même famille peuvent être dispersés aux quatre coin du monde; la période nécessaire pour renouer les contacts peut durer de longues années. On imagine l'attente, les angoisses, la recherche d'informations à l'intérieur de la communauté juive à Paris et à New York, en Pologne et en Russie, notamment à Pskov où il n'y avait pas de communauté juive déjà implantée.
Mais à Paris, il arrivait chaque jour, directement de Varsovie, la presse yiddish qu'on pouvait trouver dans les kiosques à Paris comme le montre la photo suivante prise à Paris. On peut lire à la devanture de ce kiosque parisien les titres suivants: Arbayter Shtime (La Voix des travailleurs), Yudiker (le Juif), Morgenblat (La Feuille du matin), Parizer Haynt (La journée parisienne). Mais il existait quelque 24 titres disponibles dans les kiosques à Paris, dont le Parizer algemayne yiddishe folks tsaytung (Journal populaire juif de Paris), Hatikvo (L'espoir), Di Varhayt (La Vérité), Yiddishe Tsukunft (L'avenir juif), de 1907 à 1910 Agitator (l'Agitateur), de tendance anarcho-syndicaliste. De même qu'à la Ligue des droits de l'homme à la même époque, le quartier de Montmartre comptait plusieurs sections dont l'une qui se réclamait ouvertement de l'anarchisme dans ce courant alors important de l'anarcho-syndicalisme en France, en Espagne et en Europe, avec souvent des Juifs à leur tête. On voit qu'on est très loin de l'image d'épinal des Juifs sionistes véhiculée par l'actuelle extrême gauche en France, dont Besancenot pour la LCR qui propage partout sa propagande mensongère et potentiellement meurtrière, relayée par les télévisions et les ignorants de journalistes qui la peuplent. On comptait encore parmi la presse juive de l'époque, de 1908 à 1909, Di moderne Tsayt (Les Temps modernes), un hebdomadaire centré sur les intérêts juifs, Der Morgn (Le Matin), de 1910 à 1911 Parizer Journal (Le Journal Parisien), Der Yid in Paris (Le Juif à Paris), journal de tendance sioniste qui paraît de 1912 à 1914, réuni par la suite avec Das Yiddishe Yiddishe Blat (La Feuille juive); en 1913-14 Nayer Journal (Le nouveau Journal), hebdomadaire culturel, littéraire et artistique; le Yiddisher arbayter (Le Travailleur juif) était l'organe mensuel du Comité des sections syndicales yiddish affiliées à la CGT, dont une importante section des chapeliers du quartier du Marais à Paris.
Mon père et la Shoah
Les messages d'encouragement de certains lecteurs qui m'ont généreusement exprimé leur intérêt et la diminution des attaques antisémites de mon blog, tombées à 4% (au lieu de 6,1%), m'incitent à aller un peu plus loin dans l'approndissement des conséquences de la shoah dans ma famille, des difficultés de toutes sortes que cette tragédie a engendré, dont je n'ai pris que très lentement conscience, toujours à mes dépens. En même temps, ces difficultés m'ont amené sur des chemins inconnus que je n'aurais autrement jamais soupçonnés, je veux parler des chemins qui ne mènent nulle part, pour emprunter cette belle expression à un célèbre penseur, qui n'est pourant pas ma tasse de thé, c'est-à-dire dans les labyrinthes de la vie intérieure.
Mon père a échappé à la shoah par je ne sais quel miracle. Il n'en parlait jamais. Une fois, pourtant, il évoqua la personne de Louis Daguin, un industriel qui avait des magasins d'outillage de machine 13 avenue de la République et une usine à Nevers, à qui il devait de ne pas avoir été déporté. Il n'en dit pas plus. Les relations de mon père avec Louis Daguin étaient ambiguës; cet homme avait été en effet l'ami de sa mère après le décès de son père, dans les années 1920; il avait apporté une part de capital à la maison de haute couture R. Alba, après la Grande guerre, tenue par ma seule grand-mère Rachel Alba, après août 1921, qui dut payer de lourds impôts de guerre qui l'auraient mise en péril sans l'apport en capital nouveau. En même temps, M. Louis Daguin, qu'on peut légitimement appeler un "juste", était le patron de mon père.

(Doc. CDJC)
(Doc. CDJC)
Moins qu'un "Juif imaginaire", pour reprendre l'expression inventée par Alain Finkielkraut, mon père ne s'est sans doute jamais senti ni pensé Juif. Le monde juif n'existait pas dans la famille. Aucun portrait de ma grand-mère n'était visible nulle part, encore moins de sa tante, toutes deux déportées et assassinées à Auschwitz. Ma grand-mère avait pourtant vécu dans le même appartement, avec mon père avant guère depuis 1936, où je vivais bien après. Elle avait touché les loquets des portes, des portes à deux battants des années 1830, là elle avait dormi, ici mangé, reçu ses clientes dans le salon pour les séances d'essayage devant la glace à trois faces, une glace Bro des années 1900, que mon grand-père avait achetée pour la maison de haute couture R. Alba et qui servait déjà dans le salon du boulevard Haussmann, dans les années 1910 et 1920. Mon père n'en parlait jamais. Je ne savais même pas où habitait sa tante, la soeur de sa mère, Slema Schneider, quand elle avait été arrêtée par la police lors de la rafle du "Vel d'Hiv", le 16 juillet 1942. Ce n'est que soixante ans plus tard, en 2002, que je l'appris. Le CDJC me téléphona un jour, pour les dernière vérifications avant la construction du "Mur des Noms" pour bien s'assurer que le prénom "Slema", qui était dans les fiches de police, correspondait bien à "Simone" que je leur avais indiqué, car je ne connaissais ma grand-tante que sous son prénom francisé de Simone, et il se trouve que le nom de Schneider est le seul de la liste de tous les déportés, ce qui facilita la vérification. Je ne savais pas non plus sa date de naissance, le 11 juillet 1888. Je ne connaissais rien en réalité de la famille de mon père. La guerre avait totalement coupé les liens de famille entre les générations, il a fallu que je les reconstitue en partant de zéro. Je ne savais pas, des lettres en russe qui se trouvaient dans les archives de mon père, qui écrivait à qui, je ne savais pas non plus le russe, que je me suis mis à apprendre avec frénésie et à une vitesse incroyable. Mon père était même incapable de situer sur une carte le stetl, la bourgade russe, qui en réalité était polonaise, où son père était né, les noms avaient changé par ailleurs. Tout était bouleversé. Il était interdit même de parler de sa mère à la maison. Il ne restait d'elle que sa machine à coudre, cassée, une machine à coudre Singer, qu'il aurait été sacrilège de déplacer ou de vouloir se débarrasser. Elle trônait dans ma chambre sous la poussière, durant des décennies elle trôna ainsi, échouée là, monument funéraire inavouable, inavoué, intouchable, sacré. Le fil d'Ariane qui me reliait à ma grand-mère, que j'ai mis des décennies à pouvoir nommer ainsi, avait été rompu. Quelques autres meubles, des bibelots, des vases en porcelaine de Chine que mon grand-père avait dû acheté au magasin "La Tortue", au coin de la rue Tronchet et du boulevard Haussmann (aujourd'hui une boulangerie!), des objets en bronze, des lions qui ornaient une cheminée, jadis, constituaient les restes d'un monde disparu et silenciaux, avec des livres dans la bibliothèque que mon père exhibait parfois, sans que j'en comprenne bien la raison et sans qu'il la comprît bien lui-même. C'était des livres de prière, en hébreu, et d'autres, écrits en yiddish, ce qu'ignorait mon père qui le confondait avec l'hébreu, ne connaissant ni l'un ni l'autre, des livres d'histoire, l'histoire du peuple hébreu de Henrich Graetz, un grand historien Juif allemand du milieu du XIXème siècle, dont mon père ne connaissait rien, dans une nouvelle édition améliorée et complétée par Ben Tsevi jusqu'à l'époque moderne et publiée à New York, 85-87 Canal Street, que mon grand-père avait probablement dû faire expédier des Etats-Unis par le neveu Moshe de son ami Lévy à Paris.
On pourrait en déduire que mon père avait rayé de sa mémoire toute sa vie d'avant la guerre et la mémoire de la tragédie. Il n'en était rien. A la maison, il était absolument interdit de parler allemand quand je commençais à l'apprendre en entrant en sixième; il était interdit d'évoquer l'existence même du peuple allemand, que mon père avait imaginairement rayé de la carte du monde. Mais il me laissa néanmoins apprendre l'allemand que lui-même avait appris jadis au petit lycée Condorcet à Paris quand le chauffeur de son père le conduisait chaque jour en voiture rue d'Amsterdam. Le mot shoah n'existait pas encore. Il n'y avait pas de mot disponible pour parler de sa mère, il n'a jamais pu trouver les mots pour parler d'elle. La société française elle-même, par son indifférence, par le refus de reconnaître la responsabilité du régime de Vichy, par le déni des crimes et des responsables de ces crimes, par la politique d'indemnisation, scandaleuse, de De Gaulle et de l'Allemagne d'Adenauer, ne firent que renforcer ce penchant au renfermement sur soi. Je n'ai jamais vu mon père pleurer. Le crime dont sa mère et sa tante furent les victimes dépasse tellement l'entendement humain que mon père n'a jamais trouvé en lui les ressources qui lui auraient permi de verser des larmes. Cette impossibilité des larmes est elle-même un effet du crime. Je crois que s'il avait trouvé en lui je ne sais quelle ressource, je ne sais quel courage extraordinaire et inhumain à force d'humanité pour oser ouvrir la bouche dans le but d'en parler, mon père serait devenu fou. Si je l'interrogeais, il restait totalement silencieux, ne bougeait même pas son visage en guise de refus. Pas un plissement de peau sur le visage, pas un mouvement des yeux. Rien.
Un seule fois, pourtant, sans doute sous l'insistance de mes questions réitérées et innocentes d'enfant ou de jeune adolescent, il se laissa aller à une forme de confidence, indirectement. Nous étions à table. Il me raconta une petite anecdote qui se déroulait dans son enfance au petit lycée Condorcet. Je ne comprenais pas pourquoi il me parlait de son enfance alors que je l'interrogeais sur sa mère. Je compris simplement qu'elle devait avoir valeur de symbole et qu'il me fallait à toute vitesse devenir très intelligent d'un seul coup si je voulais saisir au vol ce qu'il se refusait à m'expliquer et, sans doute, ce qu'il ne pouvait pas expliquer ni s'expliquer à lui-même d'abord. Alors qu'il était en cours d'allemand, un inspecteur était venu dans sa classe. Mon père prenait la pose, imitant à la fois l'embonpoint et la mine satisfaite de l'inspecteur fier de lui et de cette grande culture allemande dont Luther avait été le promoteur à la Renaissance, que ces chers petites têtes se mettaient en peine de connaître. Aussi lança-t-il une question redoutable à la classe, une question à laquelle il était clair qu'aucun élève à cet âge-là ne saurait répondre. Mon père devait être en cinquième ou en quatrième, mais quelque quarante ans plus tard il imitait parfaitement bien la vanité satisfaite de l'inspecteur par le ton qu'il adopta, doué d'un seul coup d'une faculté à jouer un rôle que je n'aurais jamais soupçonné en lui. "Qui peut me dire parmi vous comment on dit en allemand: Que la lumière soit et la lumière fut" ? Un grand silence se fit entendre dans la salle de classe. Mon père se tourna vers moi et me dit: "Alors, c'est comment en allemand? - J'étais le seul à le savoir", me dit-il. Quantà moi, je l'ignorais. "Es werde Licht und es ward Licht". Et il se tue, me laissant seul me débrouiller avec cette petite lumière qu'il me fallait extraire de l'impénétrable obscurité d'où elle avait miraculeusement émergé pour me guider vers mon père et commencer à retisser les liens perdus de la famille. C'est tout ce que mon père me dit jamais à propos de sa mère. Beaucoup plus tard, après son décès, je découvrais dans ses papiers une enveloppe qui datait de 1966, en papier kraft, où il avait rangé les deux lettres de sa mère écrites du camp de Drancy, dont l'une écrite la veille de son départ pour Auschwitz avec une erreur de date, le 10 octobre à la place du 10 novembre 1942, et la lettre unique de sa tante, écrite à une autre soeur de sa mère, où elle parle de lui en l'appelant à son secours. Sur cette enveloppe, mon père avait un court poème quelque peu mystérieux en guise de tombeau:
Si longtemps, ensemble, nous sommes restés
Si longtemps nous avons été séparés
De nouveau le Hazard nous a réunis
Laissez-nous où je vous ai mis."
Elle contenait la dernière lettre de ma grand-mère, en réalité datée du 10 novembre 1942, mais l'erreur de date montre que son internement à Drancy depuis le 1er novembre (première lettre où elle indique son arrivée au camp d'internement) qu'il a suffit de dix jours pour lui faire perdre les repères temporels; elle écrit aussi les "d" comme en russe, c'est-à-dire [g].
"Cher petit Marco,
Je part pour une destination inconnue. Je reçu tes colis et te remercie. Ne t'inquiete pas pour moi car je part très tranquille car je pense que nous nous verrons bientot. Surtout occupe toi de toi meme car les froids vont venir. Mange bien et chauffe toi, porte des vêtements chauds. De mon côté je suis très courageuse pour supporter notre séparation j'envoie un bonjour à tous nos parents et amis et t'embrasse bin bien fort. Ta mère"
Dénomination administrative des déportés
Dans les années 1960, suite aux Accords franco-allemands, mon père entreprit des démarches auprès de l'administration en vue d'une demande d'indemnisation, qui lui fut finalement refusée. A l'occasion de ces démarches, il reçut une carte d'ayant cause qui qualifiait administrativement sa mère, ma grand-mère, Rachel Alba. Elle est qualifiée non de déportée pour des raisons raciales, comme on le croit trop souvent pour les Juifs déportés comme simple civil juif, mais de "déportée politique". Pour l'administration française, il n'y eut jamais de différence entre "déporté politique" (terme qu'on tend souvent à réserver aux résistants déportés) et "déporté racial".
Lydie de Rochefort de Théobon
Aussi étrange cela puisse-t-il paraître, l'une de mes lointaines ancêtres, Lydie de Rochefort de Théobon, fut une favorite de Louis XIV à la Cour de Versailles. Les Jurades et les Annales de Bergerac nous apprennent qu'elle est rattachée à ma famille par sa mère, Anne de la Mothe, fille d'une certaine Henrye d'Alba de Lespinassat qui avait épousé le baron Bernard de la Mothe. Quoique protestante calviniste, par sa mère elle portait sur son visage la marque de l'héritage juif séfarade de mes ancêtres puisque la Duchesse d'Orléans, la seconde Madame, la Palatine, dont Lydie était devenue la Fille d'honneur et la confidente, la décrit dans la lettre du 29 août 1683, de Fontainebleau, à la duchesse de Hanovre, au détour d'une phrase, en l'appelant en allemand "die gute schwarze Jungfer" (la bonne fille d'honneur noire), probablement parce qu'elle avait d'une part la peau mate, ce qui était plutôt surprenant (et qui continue d'intriguer les historiens contemporains, tel Dirk Van der Cruysse) pour une fille au sang bleu, et d'autre part des cheveux noirs de geai, marque d'exotisme fort prisée à la Cour depuis qu'à Philis, la blonde, la fameuse passion de Trissotin, la mode des danseuses bohémiennes, des Tsiganes, à la Cour - n'oublions pas que le jeune roi Louis XIV en personne dansait en costume de bohémien devant ses courtisans - , avait mis en honneur la noire; on sait que depuis lors cette opposition entre la brune et la blonde, inaugurée à la cour du Roi Soleil, structure notre imaginaire puisqu'on la retrouve aussi bien dans la littérature romantique du XIXème siècle que dans les films de Godard (les fameuses perruques de B.B. dans Le Mépris que dans le film de David Lynch, Mulholland Drive. Par son père, Jean de Rochefort, marquis de Théobon, Lydie est issue d'une ancienne famille noble dont la noblesse remonte au Moyen Age, et qui a son origine au château de Rochefort, sur le toit du Limousin, en Corrèze, planté au beau milieu du Plateau de Millevaches. Jean, son père, calviniste, prit part au soulèvement des Croquants en 1637-38, et soutint plus tard activement le parti du prince de Condé lors de la Fronde, ce qui ne l'empêcha pas de finir ses jours en qualité de lieutenant général des armées du roi. Il aurait participé, dit-on, à l'assassinat de son propre grand-père, Pierre d'Escodeca de Boisse de Pardillan, grande figure du protestantisme du sud-ouest de la France. Les armes des Rochefort sont répertoriées dans l'armorial du Périgord; ses armes sont: De geueules à trois fasces d'or.
Lydie avait un frère, Charles, qui épousa le 21 février 1674 Marie de Caumont, petite fille du duc de la Force dont le château, démoli à la Révolution, se trouvait à l'ouest de Bergerac. Il finit ses jours en franchissant le Rhin dans la guerre contre la Hollande. A cette occasion, Madame de Sévigné, qui mentionne Lydie dans quatre de ses lettres, nous indique dans la lettre du 8 juillet 1672, qu'elle est allée se retirer au couvent des Visitandines, rue du Faubourg Saint-Antoine, dont il ne reste aujourd'hui que l'église de Sainte-Marie de la Visitation, toujours de confession protestante: " Dampierre est très affligée, mais elle cède à Théobon, qui, pour la mort de son frère, s'est enfermée à nos soeurs de Sainte-Marie du faubourg Saint-Antoine." Elle avait aussi une soeur, connu sous le nom de Mademoiselle de Loubès, dite "la petite Loubès", un autre hameau près de Théobon. Elle était également Fille d'honneur de la Duchesse mais devint une espionne placée par le chevalier de Lorraine, au nom du Roi, auprès de sa maîtresse pour l'espionner. Elle finit ses jours au couvent des Visitandines de Chaillot, là même où se trouve aujourd'hui le Palais de Chaillot, et où, à l'époque, Bossuet avait prononcé l'oraison funèbre de la première duchesse d'Orléans.
Théobon, née en 1638 comme le roi, portait le nom d'un petit hameau situé au sud-ouest de Bergerac, que donne encore à voir les cartes de Cassini. Elle passa probablement une partie de son enfance au château de Lespinassat. Elle devint d'abord fille d'honneur de la Reine puis de la Duchesse d'Orléans au Palais Royal. Madame de Sévigné, dans une lettre du 13 mars 1671, rapporte un épisode frivole des filles de la Reine: "Au reste, si vous croyez les filles de la Reine enragées, vous croirez bien. Il y a huit jours que Mme de Ludres, Coëtlogon et la petite de Rouvroy furent mordues d'une petite chienne qui était à Théobon. Cette petite chienne était morte enragée; de sorte que Ludres, Coëtlogon et Rouvroy sont parties ce matin pour aller à Dieppe, et se faire jeter trois fois dans la mer. Ce voyage est triste; Benserade en était au désespoir. Théobon n'a pas voulu y aller, quoiqu'elle ait été mordue. La Reine ne veut pas qu'elle la serve qu'on ne sache ce qui arrivera de toute cette aventure." Il était d'usage à l'époque de prendre des bains de mer pour croire en être quitte avec la rage. C'est par un ordre du Roi du 13 mars 1671, qui le commande à Blavet, maître des coches d'Orléans, que furent menées les filles de la Reine de Paris à Dieppe. Elle passa ensuite au service de Madame qui déclare à la duchesse Sophie de Hanovre dans la lettre du 12 septembre 1682, écrite de Versailles: "Ich habe Mlle de Theobon sehr lieb" (J'aime beaucoup Mlle de Théobon), et elle poursuit: "Je l'ai toujours trouvé très fidèle, et d'un grand attachement pour moi.; je lui en serai gré toute ma vie."
Elle épousa en 1678 le Comte de Beuvron, Charles d'Harcourt, capitaine des gardes de Monsieur, appartenant à cette grande famille d'origine danoise fondée par Bernard le Danois, dont la noblesse remonte à l'entourage de Duc de Normandie. Elle devint veuve en 1688 mais resta très attachée à la famille de son mari. Avant d'être mariée, elle avait été, à l'époque de la Montespan, l'une des maîtresse non officielle du Roi. Leur liaison avait pris naissance au château de Chambord alors que Molière y donna en octobre 1670, en avant première une représentation du Bourgeois gentilhomme. Cette liaison est mentionnée dans les dépêches secrète de l'ambassadeur du roi de Presse à la Cour, Spanheim, et dans la lettre de Madame de Sévigné écrite de Paris et datée du 7 août 1676, qui la mentionne à demi mot: "J'ai vu des gens de la cour, et qui sont persuadés que la vision de Théobon est entièrement ridicule et que jamais la souveraine puissance de Quanto [Mme de Montespan] n'a été si bien établie."
C'est grâce à elle que le duc de Saint-Simon, qui la tenait en grande estime, prend connaissance des coulisses de la cour et des potins du Palais-Royal. Il en brossera un portrait flatteur pour l'année de sa mort, qui eut lieu au château de Marly, le 23 octobre 1708. La Duchesse d'Orléans en fut très affectée. Elle fait part de sa peine dans la lettre du 25 octobre 1708: "Je vous écris aujourd'hui, bien que je sois affligée du fond de mon âme et que j'aie à force de pleurer mal à la tête et aux yeux. J'ai perdu avant-hier une bonne et fidèle amie, à savoir la comtesse de beuvron, ce qui m'a cruellement touchée. Je promets d'écrire désormais chaque semaine, car j'ai plus de temps maintenant que la pauvre femme est morte à qui je répondais tous les jours de grandes lettres. Le duc de Saint-Simon écrit d'elle notamment: "Son nom était Rochefort, d'une bonne noblesse de Guyenne, et on voyait bien encore qu'elle avait été belle à soixante-dix ans qu'elle mourut. (...) C'était une femme de beaucoup d'esprit et de monde, de fort bonne compagnie, pour qui Madame prit la plus grande et la plus constante amitié; elle lui écrivait tous les jours, sans y jamais manquer, lorsqu'elle n'était pas auprès d'elle. (...) La comtesse de Beuvron était toujours demeurée dans la plus grande union avec la famille de son mari, et était comptée dans le monde. Elle était extrêmement de mes amis; elle en avait, et en méritait, qui la regrettèrent fort. D'ailleurs, c'était une femme qui avait bec et ongles, très éloignée d'aucune bassesse, assez informée, mais qui aimait fort le jeu."
Bibliographie sommaire:
Dirk Van der Cruysse, Madame Palatine, Fayard, 1988.
Lettres de la princesse Palatine (1672-1722), Mercure de France, 1981.
Saint-Simon, Mémoires, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1984.
Madame de Sévigné, Correspondance, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1972.
Marie-Ange Duvignacq-Glessgen, L'ordre de la Visitation à Paris aux XVIIè et XVIIIè siècles, Cerf, Paris, 1994.
Scarlett Beauvalet-Boutouyrie, Etre veuve sous l'Ancien Régime, Belin, 2001.
Jérôme de la Gorce, Carlo Vigarini intendant des plaisirs de Louis XIV, Perrin, Versailles, 2005.
Vincent Maroteaux, Marly L'autre Palais du Soleil, Vôgele Editions, 2002.
Hervé Brunon, "De l'image à l'imaginaire: notes sur la figuration du jardin sous le règne de Louis XIV", in "De l'imaginaire du jardin classique", Revue XVIIè siècle, PUF, octobre-décembre 2000, n° 209.
Dominique Godineau, Les femmes dans la société française 16è-18è siècle, Armand ColAddin, Paris, 2003.
Roger Duchêne, Etre femme au temps de Louis XIV, Perrin, 2004.
Claude Cajat, Madame de Sévigné à Paris et en Ile-de-France, collection "bleu", Presses du Village, 2006.
Norbert Elias, La Société de cour, Champs Flammarion, 1985.
Comte de Saint-Saud, Additions & Corrections à L'Armorial du Périgord, Laffitte Reprints, réed. Périgueux 1930, 2002.
Archives communales de Bergerac: délibération de la jurade de 1352 à 1789, B 13-L 40, n°6.
Annales de la ville de Bergerac, auteur inconnu, fin du XVIIIème siècle.
Archives nationales, fonds de la Chambre des Comptes de Paris, série P, sous-série III, échanges 2.166-2.169.


























