Histoire des Juifs en Europe

Histoire, littérature, philosophie autour de l'histoire des Juifs en Europe et de ma famille depuis six siècles, de l'Espagne à la Russie.

22 novembre 2008

Galed le kehilat Raciąź

Et il ne nous reste qu'un nom,

Un son prodigieux - pour longtemps.

Ce sable coulant de mes paumes,

Accepte-le donc maintenant.

Ossip Mandelstam, Tristia, 1916.

Voyage à RaciazBlason de la ville de Raciaz en Pologne

Que savais-je de Raciaz avant de m'y rendre à partir de la gare de Wshodnia à Varsovie? Presque rien. Aucune histoire n'avait été transmise dans ma famille sur cette petite bourgade de Pologne, un stetl comme on disait du temps où ma famille y vivait. Où était située Raciaz? Depuis quand ma famille y vivait-elle? Je n'en savais rien. Je n'avais comme repère que le passeport de mon grand-père conservé désormais aux archives du CDJC.

Passeport de mon grand-père Raphaël Alba - 1919

Les archives à Varsovie à qui j'avais écrit en 2002 n'étaient pas plus capables de me dire où se trouvait la ville de Ratchoum; elles suggéraient simplement d'y voir la bourgade de Raciaz, en Mazovie, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Varsovie et m'indiquaient un site des archives juives de Pologne, où je finis par trouver l'origine de ma famille depuis 1835 au moins; mais les pogroms ont détruit une bonne partie d'entre elles. On sait bien que la grande difficulté des recherches tient au changement du nom des lieux en Pologne.

Je me levai donc dès potron-minet. La gare de Wshodnia, réservée aux voyages vers l'est de Varsovie, se trouve heureusement dans le quartier de Praga, où je résidais à l'hôtel. Mais Raciaz est à l'ouest. J'avais pris soin de repérer les lieux la veille en rentrant de ma visite du quartier de Praga sur la rive droite de la Vistule, partie de la ville que tenait l'armée soviétique en 1944. Je pouvais m'y rendre rapidement à pied. D'abord le boulevard Targowa, puis à gauche au bout de l'avenue Kijowska c'est la gare Warszawa Wschodnia; 7h07, c'était l'horaire, il ne fallait pas perdre de temps. La gare - je m'en étais déjà rendu compte la veille - est sombre, même en plein jour comme un deuil toujours présent. En jetant un coup d'oeil sur le panneau des horaires, jaune pour les départs, j'étais frappé par les noms des villes qu'on pouvait lire; au moins deux d'entre eux étaient durant la guerre des noms de camps de concentration ou d'extermination, des centres de mise à mort des Juifs, visibles, là, par un petit matin, parmi les voyageurs qui allaient et venaient comme chaque jour, comme si de rien n'était. Ma direction était Dzialdowo, quai IV, 7h07; je devais changer à Nasielsk pour l'ouest. C'était là, à Dzialdowo, où la brochure touristique indiquait un magnifique château à visiter, qu'une partie de ma famille était peut-être morte dans le camp de Dzialdowo où périt une partie des Juifs de Plock et de Raciaz. Le camp se trouvait alors au nord de Mlawa, dernière bourgade juive juste avant l'ancienne frontière avec la Prusse orientale. Le camp se trouvait de l'autre côté de la frontière, en terre alors allemande. Je regardais le panneau: Belzec, Dzialdowo, Chelm est trompeur; la petite ville de Chelmno, où commença l'extermination des Juifs dans des camions, se trouve à l'ouest de Varsovie, près de Dobra, à Turek, entre Konin et Lodz. Son nom donna lieu à bien des confusions aussi lors du procès de Eichmann à Jérusalem.


Gare de Wschodnia - 1er novembre 2006

La gare de Wshodnia, c'est par là qu'étaient passés les trains à destination de Treblinka et de Belzec. Nous étions le 1er novembre, je pensais à eux. je pensais aussi à deux membres de ma famille qui apparaissent dans les archives conservées à Mlawa pour les Etats civils d'après 1876: Srul Alba et Abram Alba, nés respectivement en 1879 et 1884, actes n°29 et n°15. Pas d'actes de décès dans ces archives. Ils pouvaient très bien être encore de ce monde en février 1941, date où les Juifs de Raciaz furent déportés et dispersés dans les différents ghettos et camps de Mazovie, les uns au camp de Dzialdowo, les autres dans le ghetto de Plock, d'autres encore à Kielce ou à Varsovie pour finir à Treblinka. J'étais, je suis le seul, le seul au monde, à me soucier d'eux, à penser à eux, encore aujourd'hui. Que sont-ils devenus? Je ne le saurai sans doute jamais. Cétait aussi ça le nazisme, détruire la mémoire des morts jusque dans leur propre famille. De ce point de vue, toute absence de savoir est une victoire de la barbarie sur la vie, une victoire des bourreaux sur leurs victimes. Dans le froid du petit matin qui s'aggripait à Varsovie, mon coeur se serrait à cette seule pensée en attendant le train qui allait me mener à Raciaz.

Un jour blafard et glacial s'étendait sur la ville et paralysait les corps engoncés dans leurs vêtements chauds, je remontais le col de mon blouson. Une fois dans le wagon, la chaleur réconfortante me mit plus à l'aise. J'écoutais sur mon MP3 la musique Kletzmer que j'avais achetée cet été à Jérusalem dans le quartier de Mea Sheharim et que j'avais pris soin d'enregistrer; une musique endiablée où la clarinette fait merveille, à la fois joyeuse et nostalgique, une musique typiquement juive, pour me donner un peu de baume au coeur en ce matin livide du 1er novembre que célèbrent les Polonais - je m'en suis rendu compte sur le route de Raciaz à Plock de la fenêtre du car - en se rendant innombrables dans les cimetières, parfois tout près de la route ou jouxtant les églises, et là ils honorent leurs morts en apportant des luminions qu'ils allument sur leurs tombes tout en bavardant. Les deux cimetières que j'ai pu voir sur la route étaient ainsi noirs de monde en arrivant à Drobin et à Bielsk où les centaines de flammes des luminions s'élevaient vers le ciel au milieu des prières et des bavardages. Ces flammes firent venir à mon esprit d'autres flammes que mon esprit se refusa à imaginer en ce jour des morts. Pour les miens je n'avais nulle tombe ni même de souvenir; la seule musique était mon secours, ma prière.

Arrivé à Nasielsk, j'oubliai de descendre. Je continuais jusqu'à Ciechanow, plus au nord. J'étais passé par Modlin; c'est là que mon grand-père avait fait son service militaire dans l'armée du Tsar comme tailleur de son régiment. Les archives familiales avaient conservé le certificat de bonne conduite, rédigé évidemment en russe, délivré à mon grand-père au sortir de son service militaire au 5ème régiment d'infanterie de Modlin où il était "coupeur à l'Atelier Militaire de tailleur et s'y était distingué par la connaissance de son métier, par l'exécution parfaite et consciencieuse des travaux à lui confiés, ainsi que par sa conduite exemplaire et sa sobriété", fait au camp près d'Odessa, le 9 septembre 1901. Mon grand-père, à quelques années près, aurait pu faire partie des militaires qui ont tiré sur la foule à Odessa en 1905. J'avais traversé un long pont suspendu sur le Narew, très large à cet endroit où ses larges flots se déversent dans la Vistule, un pont de ces ponts qui ressemblent à des cages de fer. Le Narew roulait ses flots épais sous mes yeux.

Le contrôleur me fit comprendre que je devais descendre à Ciechanow pour reprendre un train pour Nasielsk. Mais je devais attendre deux bonnes heures et la correspondance pour Raciaz m'aurait encore fait perdre un temps précieux, je ne serais arrivé à Raciaz qu'en fin d'après-midi. Me voilà bien embêté, perdu à Ciechanow. J'avais le choix entre visiter le château de Ciechanow mais il est loin de la ville elle-même, soit chercher un autre moyen de locomotion pour parvenir à Raciaz. Le conducteur de train, qui prenait patience dans sa cabine alors que la pluie commençait à tomber sur les quais et la tôle rouillée du train silencieux à l'arrêt encore pour plusieurs heures en gare de Ciechanow, me fit comprendre dans son parfait polonais, que je ne comprenais guère, que les choses étaient très simples. Il me suffisait de sortir de la gare, de prendre sur la droite le chemin de la station d'autocar et de rattraper le train pour Raciaz. Recommandation que je suivis à la lettre. Arrivé à la station, en ce 1er novembre, comme je l'avais craint, la station était fermée. Une foule attendait pourtant en essayant de s'abriter de la pluie qui tombait de plus belle. Impossible de prendre un billet, guichets fermés. Je regardais autour de moi; un taxi m'attendait, qui n'était pas là l'instant d'avant; on aurait dit qu'il m'était envoyé exprès. Je fus presque persuadé que la Providence veillait sur moi parce que son chauffeur, avec qui j'essayais d'échanger quelques mots tantôt en anglais, tantôt en allemand, tantôt en russe, était Juif, un Juif dont la compagnie de taxi avait son bureau à Raciaz, et dont la famille, comme la mienne, était venue en Pologne à partir de la Hollande, d'Amsterdam. Tant de coïncidences me troublèrent. Je profitais de ma chance.

Le chauffeur de taxi à Raciaz

Une quarantaine de kilomètres me séparaient encore de l'endroit devenu quasi mythique dans mon esprit d'où tout était parti. L'une de mes élèves, d'origine polonaise, émigrée de fraîche date de Varsovie, m'avait traduit une page des archives de l'Etat civil de ma famille que je lui avais confiée en guise de devoir de français pour lui permettre de mieux comprendre la différence entre les deux langues puisqu'elle maîtrise encore mal la langue française quoiqu'elle fasse d'énormes progrès à une vitesse étonnante. Je savais ainsi que certains de mes ancêtres de Raciaz, dont je soupçonnais qu'ils devaient bien être artisans comme beaucoup d'autres Juifs, étaient quant à eux tanneurs en 1863[garbarnia: tannerie, en polonais]. J'arrivais à Raciaz par Sierakowo; la chance me souriait encore, car l'Etat civil m'indique que certains de mes ancêtres sont nés à Sierakowo, Mosiek (Moshe, en polonais) Alba, en 1835; je voulais m'y rendre et voilà que j'y passais. C'est un simple hameau aux maisons dispersées à quelques kilomètres à peine de Raciaz. J'arrivais par l'est en traversant la rivière, la Wkra ou Ukra en français, par où est passée l'armée de Napoléon pour se rendre vers le nord à la bataille d'Eylau en 1807 comme l'indique Thiers dans son Histoire du Consulat et de l'Empire que mon grand-père s'était empressé d'acheter une fois à Paris, dans l'édition originale de 1847, parce qu'on y parle de la région de Raciaz, des routes boueuses où s'embourbent les soldats et dont le souvenir devait exister dans la famille de mon grand-père comme d'une période d'espoir pour les Juifs pour y avoir ainsi laissé des grains de sucre que j'y ai retrouvé entre les pages du livre qu'il devait avoir lu en prenant son café le soir, peut-être au lit avant de s'endormir. Mon grand-père s'était ainsi procuré aux enchères chez Drouot une bibliothèque entière qui comprenait principalement des ouvrages sur la Révolution et les vingt tomes de l'oeuvre de Thiers. De Raciaz, j'avais surtout des connaissances livresques.

J'avais lu le grand livre de Nicole Lapierre, Le silence de la mémoire A la recherche des Juifs de Plock, où l'auteur mentionne des événements tragiques survenus à Raciaz durant les premières heures de l'invasion allemande en Pologne à Raciaz, l'armée ayant franchi la frontière à partir de la Prusse orientale un peu au nord de Mlawa: " La situation s'aggravait de jour en jour avec l'afflux de Juifs chassés d'autres localités, comme Zyromine, Dobrzyn ou Raciaz. Ceux de Raciaz n'avaient rien pu emporter. Avant leur départ, les femmes et les jeunes filles avaient été regroupées dans la synagogue, contraintes de se dévêtir et de danser nues, avant de se voir infliger des fouilles corporelles. L'une mourut d'une crise cardiaque, une autre se pendit." J'avais également lu en anglais quelques pages disponibles sur la toile ou dans l'édition anglaise disponible à l'université de Beer Sheva, extraites du Yizkor Book ou Livre du Mémorial de Raciaz écrit par Yacov Greenspan et les rescapés de la Shoah après la guerre et édité à Tel-Aviv en 1965, Galed le-kehilat Raciaz, en hébreu: " The front is at Mlawa, 40 kilometers away, people from Mlawa - men, women and children are pouring into our stetl trying to survive because all of Mlawa is under fire between the shoting at the front as well as at the bombing. Wagons moving through the streets can be seen filled with dead and wounded. The confusion is very great - the stetlt civil servants departed in their autos. Civils with red crosses on white armbands have organised to help the wounded. The sky is black with airplanes. We hide in our homes, windows covered, shutters closed and sit with gas mask protecting our faces. The house becomes stuffy and airless. Someone shouts that he smells gas. The old folks begin to cry "Shema Yisroel"! However within a few minutes we go outside and it appears that it's not true about the gas because gas is used only under extreme conditions." Oui, on sait ce qu'il en fut "under extreme conditions".

La petite place du marché, Rynek, qu'une photo d'avant 1914 montre si agitée, était calme et paisible, presque déserte en ce 1er novembre. La synagoque a disparu, bien sûr. Mais les maisons anciennes, recouvertes de bois, où vivaient la plupart des familles juives, demeurent. L'une d'elles, encore debout, abritait peut-être ma famille. Certaines maisons des années 1930 ont été restaurées.

La rue principale de Raciaz et l\\'église au fond

Je me dirigeais vers l'église; je tombai au milieu de la messe au moment de l'élévation. J'y voyais là aussi comme un signe. Tous les habitants ou presque de Raciaz étaient à genoux en prière, les uns sur les bancs, les autres à même le sol, en une grande ferveur. A l'extérieur de l'église j'avais aperçu avant d'entrer un mémorial qui se dresse sur la gauche, non pas à la mémoire des Juifs disparus de Raciaz mais du père Popieluchko torturé sauvagement par les sbires de la police du régime de Jarusielski à la solde des soviétiques.

J'errais à travers les rues sous la pluie. C'est bien petit. C'est donc de là qu'est parti un jour mon grand-père pour Wloclawek, une grande ville sur la Vistule où il vécut entre 1901 et janvier 1905, où je m'étais promis d'aller le lendemain en partant de la gare centrale Warszawa Centralna. Le chauffeur de taxi chercha en vain à son bureau, fermé évidemment, ou chez une fleuriste, le seul commerce ouvert en ce jour des morts, quelque personne sachant parler allemand, la langue que je connais le mieux. Mais ce fut en vain. Les Polonais, les simples gens, ne parlent guère que le polonais, autrefois les Juifs parlaient quasiment tous l'allemand à cause du yiddish. J'ai encore dans ma bibliothèque un livre en allemand de mon grand-père, une sorte de guide des tableaux de tous les musées de Berlin. L'anglais, pour les autres, a remplacé le français que parlaient au XIXème siècle tous les gens un peu cultivés. A racionz, on y jouait du temps de la splendeur de la présence juive des pièces en yiddish au théâtre de la ville qui n'existe plus non plus.

Théâtre yiddish à Racionz - Présentation de la pièce Uriel Acosta

Troupe amateur de théâtre yiddish - Présentation à Raciaz du mélodrame Jiduvka (La Juive)

Le mémorial dédié au père popieluchko à Raciaz

Bientôt je quittais Raciaz, la tête un peu vide. Je prenais le car pour me rendre une cinquantaine de kilomètres plus au sud, à Plock, une ville de plus grande importance.

L\\'Wkra ou Ukra à Raciaz qui reproduit une photo ancienne montrant des jeunes gens juifs dans les années 1930 à cet endroit-là

Bibliographie sommaire:

Nicole Lapierre, Le silence de la mémoire A la recherche des Juifs de Plock, Paris, Le Livre de Poche, Essais, rééd. 2001.

Yacov Greenspan, Yizkor Book of Raciaz, Tel-Aviv, 1965.

Rachel Ertel, Le Stetl La bourgade juive de Pologne, Paris, Payot, 1986.

Marc Petit, La Grande Cabale des Juifs de Plotzk, Paris, Christian Bourgois, 1978.

Delphine Bechtel (sous la dir. de), Ecriture de l'histoire et identité juive, L'Europe ashkénase XIXème-XXème siècle, Les Belles Lettres, Paris, 2003.

Esther Benbassa, L'Europe et les Juifs, Labor et Fides, Genève, 2002.

Delphine Bechtel, La Renaissance culturelle juive Europe centrale et orientale 1897-1930, Belin, Paris, 2002.

Daniel Tollet, Histoire des Juifs en Pologne, P.U.F., 1992.

Henri Minczeles, Une histoire des Juifs de Pologne; religion, culture, politique, La Découverte, 2006.


Déportation des Juifs de Raciaz - 1941

Les images anciennes datant de la guerre de 1914-18 montrent au contraire la fraternisation des Juifs avec l'armée allemande. Les Allemands lors de la Grande Guerre ont été accueillis comme des libérateurs de l'oppression russe.


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La Shoah et les inconnues de ma famille

"מיין נישט די וועלט איז א קרעטשמע"

"Meyn nisht di welt iz a kretshme"

"Ne crois pas que le monde soit une auberge"

Itzhak-Leibush Peretz, poète yiddish (1852-1915)

Le Jewish Records Indexing (JRI) en Pologne m'a permis de retrouver la trace d'un certain nombre de membres de ma famille, auxquels j'ai déjà fait allusion dans des articles précédents. Mais d'autres restent encore inconnus et le resteront probablement toujours. Je ne les conais que par des photos. L'une est l'inconnue de Wloclawek, dont la photo a été prise rue Cyganka (rue des Tsiganes) à Wloclawek, avant 1905, dans l'ancien quartier juif où se trouvait la synagogue, incendiée et détruite entièrement en 1939.

Une inconnue de ma famille - photo prise après 1902 et avant 1905Qui était-elle? Une cousine sans doute originaire de Raciaz. Aucune trace correspondant à sa date probable de naissance n'apparaît dans les archives de Plock (actes d'Etat civil d'avant 1876) ou de Mlawa (après 1876). Le photographe est Bernardi, rue (ulica) Cyganka. Aujourd'hui encore il existe un photographe rue Cyganka. Etait-ce là aussi qu'était l'ancien photographe? Ce n'est pas impossible. J'ai essayé de le lui demander quand je m'y suis rendu, mais il ne suis pas parvenu à me faire comprendre. Wloclawek - ancien quartier juif

L'actuelle rue Cyganka ne ressemble bien sûr que de très loin à celle de l'époque où ils vivait la communauté juive de Wloclawek dont il ne reste rien même dans la mémoire des habitants de la ville; le musée d'histoire n'a pas un seul pour la présence juive dans la ville alors que la coimmunauté y était très importante depuis des siècles. Aujourd'hui, quoique certaines maisons conservent un cachet ancien, les murs sont lépreux, les arrière cours boueuses; quelques commerces donnent l'impression de venir d'une époque lointaine. Les villes changent moins quon ne l'imagine, même après les destructions; on reconstruit; les maisons survivent aux hommes.

L'ancienne rue Cyganka à Wloclawek-vers 1900-à l'époque où y vivait ma familleIl existe une autre inconnue. Elle habitait la ville de Kolc [prononciation: Kowts]. Mais il est très dificile de retrouver cette ville sur la carte. Elle a dû changer de nom. Mais quelqu'un me lisant saura peut-être quelle est cette ville et son nom actuel; il est probable qu'il s'agisse d'une ville située non loin de Wloclawek, peut-être la ville actuelle de Kolczyn entre Raciaz et Wloclawek. Mais ce genre d'analogie littérale est souvent trompeur.

Plan de Wloclawek

Le photographe est Dobrzelewski.


L'inconnue de Kolc située sans doute près de Wloclawek


Voici quelques images de l'actuelle rue Cyganka. Je parlerai de ma visite à Wloclawek dans un prochain article.


La rue Cyganka à Wloclawek en direction de l'église St Vitalis



Maisons sans doute anciennes de la rue Cyganka à Wloclawek



L'actuel photographe de la rue Cyganka - est-ce la même boutique?


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Ces voix venues du passé

En 2002, je retrouvai par hasard, en fouillant, chez ma mère, qui vivait encore, dans le même appartement où ma grand-mère avait été arrêtée par la police française le matin du 29 octobre 1942, tout au fond d'une armoire, un vieux paquet de lettres échangées entre ma grand-mère et mon père durant la "drôle de guerre". Il s'agit de 209 lettres écrites entre le 9 septembre 1939 et le 16 août 1940. Mon père n'en avait jamais parlées; elles étaient soigneusement empaquetées et dormaient au fond de cette armoire, oubliées par le temps, depuis plus d'un demi siècle. Personne ne les avait lues depuis août 1940. Ces documents d'archives sont désormais consultables au CDJC dans le fonds référencé CMLXXV/12 Alba.

Mon père fut d'abord mobilisé à Miserey-Salines dans le Doubs un peu au nord de Besançon, puis à partir du 10/12/1939 au Service des Fabrications dans l'Industrie (S.F.I.) à Orléans. Sa mère était seule à Paris, tentant de survivre tant bien que mal grâce à son travail de couturière à façon qu'elle exerçait rue Godot de Mauroy depuis la faillite, en octobre 1931, à cause de la grande crise de 29, de la maison de haute couture R. Alba qu'elle avait fondée avec mon grand-père en 1910 au 63 boulevard Haussmann. Mon grand-père, émigré Russe de sa petite bourgade de Raciaz en Pologne, avait rapidement fait fortune comme tailleur en quelques années, à peine dix ans. Il n'appartenait pas visiblement aux Juifs traditionalistes de son stetl d'origine. Il était manifestement de ces Juifs qui cherchaient par tous les moyens à s'émanciper du climat oppressant des Hassidim pour faire valoir ses talents d'artisan, dans ce vaste courant de sécularisation qui prit de l'ampleur en Pologne à la fin du XIXème siècle. Il les exerça d'abord à Wloclawek puis, la vie devenant sans doute intenable pour les Juifs, il émigra à Paris pour y faire fortune. Il détestait les Polonais, me disait mon père, les rares fois où il consentit à me parler du sien. Mais aucune tradition, aucune image, aucune vie ne fut transmis de ses origines en Pologne tellement le souvenir devait en être désagréable. La misère pour le plus grand nombre devait y cotoyer l'atmosphère étouffante des rites religieux, d'autant plus étouffante - je l'imagine ainsi - que tout le monde se connaissait.

Mon père Marcus Alba à droite en civil - décembre 1939

Mon père exprime dans les premiers temps de sa mobilisation le bonheur de se retrouver à ne rien faire de la journée avec ses compagnons de mobilisation. Ses lettres permettent de se rendre compte de l'état d'esprit des gens ordinaires en ces premiers mois de mobilisation. Ils ne soupçonnent rien de la tragédie qui les attend. Mon père ne sait absolument pas ce qui se passe au même moment en Pologne; il n'en a pas le moindre souci parce qu'il ne sait pas où se trouve sur la carte le stetl d'où était originaire son père. Pourtant au même moment, les atrocités des nazis contre les Juifs de Raciaz et de la région commencent d'être perpétrées en Pologne. Mon père vient d'avoir trente ans. Il écrit à sa mère le jeudi 14 septembre 1939: "En somme tout va très bien et je ne demande qu'une seule chose, que cela dure le plus longtemps possible." Il prend des photos; on le voit plaisanter avec ses camarades. Personne ne croit à la guerre.

marc-alba-a-miserey-avec-ses-camarades.JPGMais ce n'est qu'à partir de novembre 1939 qu'on peut lire dans les lettres un changement, une prise de conscience des dangers ou des menaces qui commencent à se laisser sentir. Mon père essaie de décrire à sa mère l'étrange sentiment qu'il a éprouvé en passant avec le train à la gare de Bois-le-Roi: "Je suis passé à la gare de Bois-le-Roi et cela m'a fait un drôle d'effet; il y avait des curieux tout le long des quais." Il n'en dit pas plus. Mais une image fugitive aperçue depuis son wagon est venue bouleverser d'un seul coup son inconsciente représentation du monde sans qu'il sache bien dire ni se dire à lui-même de quoi il est question. Pourquoi ces curieux? Quel est l'objet de leur curiosité? Il ne le dit pas, il ne le sait sans doute pas lui-même. Une vague inquiétude s'est simplement emparée de son esprit en ce mois de novembre 1939. En décembre la neige tombe en abondance sur Paris et à Orléans. Dans une lettre du 30 décembre, ma grand-mère écrit à mon père: "Hier, on a marché dans la neige comme en Russie." Une photo montre mon père à Orléans vers la même période au S.F.I.


Marcus Alba en civil à droite-au sfi d\'Orléans-décembre-1939.JPG


Mon père, né à Paris de parents Russes puis Polonais à partir de 1921, était devenu Français par la loi de 1927 comme beaucoup de fils d'émigrés de sa génération. Sa mère était restée Polonaise quoiqu'elle détestait, me dit un jour mon père, d'être devenue Polonaise à cause évidemment de l'antisémitisme virulent des Polonais; elle continuait de se considérer comme Russe bien qu'officiellement elle ne l'était plus. Mais il est fort possible que sur ses papiers officiels d'identité elle continuait à être Russe, quoiqu'elle avait une autorisation de circuler du Consulat de Pologne, parce qu'elle a été notée sur les listes des déportés de Drancy comme Russe née à Odessa, et que le Ministère des Anciens combattants, en 1964, ne la reconnait pas comme Polonaise mais comme Russe. C'est un mystère administratif que je n'ai toujours pas pu éclaircir.

Toujours est-il qu'en janvier 1940, ma grand-mère commence à s'inquiéter de sa naturalisation éventuelle. Pourquoi ne s'en était-elle jamais préoccupée? Je l'ignore. Sa naturalisation lui semblait sans doute une démarche inutile. Elle ne devait pas en percevoir l'intérêt. Mais il existe deux lettres de janvier 1940 où elle mentionne des démarches auprès d'un ami de longue date, Robby Dollman, dont le père devint le tuteur de mon père à la mort de mon grand-père à Paris en 1921 alors que mon père n'avait que douze ans. Or, c'est parce qu'elle n'était pas Française au moment de sa déportation que mon père ne fut pas indemnisé suite aux Accords franco-allemands de 1960. La première lettre date du 16 janvier, où elle écrit notamment: "Je ferai une demande pour la naturalisation, je pense que ceci ne me coutera pas grand chose."


Lettre de ma grand-mère Rachel Alba à mon père le 16-01-1940 page n°1 et 2


Lettre de Rachel Alba - 16-016-1940 page 3


(Doc. archives CDJC)

La seconde lettre date du 25 janvier; elle écrit: "J'etait chez Dollman, Roby m'a dit qu'il demanderai que ce couterai pour une naturalisation, car si c'est cher il m'a dit c'est n'et pas utile et surtout ceci ne pas faisable que dans trois ans." Elle n'alla pas plus loin dans ses démarches qui, de toute façon, auraient été vaines.


Lettre de Rachel Alba à mon père - 25-01-1940


Lettre de Rachel Alba à mon père - 25-01-1940 p.3 et 4


(Doc. Archives CDJC)

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La communauté juive de Płock

nicole_lapierre
Pour qui veut connaître et comprendre le destin des Juifs de Pologne dans la Shoah et ce qu'était la vie culturelle des Juifs en Pologne avant la guerre, il faut lire le grand livre de Nicole Lapierre. En dehors des célèbres Mémoriaux, c'est une des rares monographies consacrée au destin d'une des nombreuses communautés juives de Pologne.

L'auteur analyse et fait revivre la vie d'avant. Ce sont les pages les plus passionnantes de l'ouvrage. A les parcourir, on prend conscience de l'effervescence de la vie culturelle, politique et juive d'avant la guerre, mais présente dans cette ville de Mazovie depuis des siècles, que la Shoah a définitivement anéantie. On y découvre la vie quotidienne, ses personnalités et les luttes politiques à l'intérieur de la communauté entre les différents partis de gauche et de d

roite qui ont présidé à la naissance et au développement du sionisme en Pologne.

"Ils habitaient, écrit notamment Nicole Lapierre, rue Szeroka, rue Tomska, passage Praszker, rue Sienkiewicza, rue Jeruzolimska, dans le rectangle des rues juives du vieux Płock [en polonais, on prononce "pwotsk"], rue Grodzka, place Florianski, dans ce voisinage immédiat où se cotoyaient Juifs et chrétiens. Les uns étaient nés à Płock, les autres étaient venus des villages environnants pour y poursuivre leur scolarité au lycée ou, tout simplement travailler".

La ville abrite le plus ancien lycée de Pologne, rue Malachowskiego, mais comprenait également à l'époque un lycée juif dans le prolongement de la rue Szeroka au sud-est de la ville. C'est une des plus vieilles villes de Mazovie. Au XIème siècle, elle devient la capitale du duc de Mazovie et un siècle plus tard le centre de la vie politique de la Pologne. Après le règne du grand roi Casimir III, dit le Grand, à la fin du XIVème siècle, qui eut une politique d'immigration favorable à l'implantation des Juifs en Pologne pour redresser l'économie du pays, Plock est incorporée en 1495 au royaume de Pologne, ce qui fait d'elle, au XVIème siècle, la deuxième ville la plus importante de Pologne après Cracovie juste avant que Varsovie ne devienne, à la fin du siècle, la nouvelle capitale du pays. Nicole Lapierre retrace l'histoire de l'implantation de la communauté juive dans la ville, qui est "un des plus vieux lieux de vie juive de Pologne. Incertaine et fragile, la trace la plus ancienne remonterait à 1237", date à laquelle la ville reçoit les privilèges urbains de Conrad 1er de Mazovie, ce qui lui permet de se développer économiquement, notamment grâce aux commerçants juifs venus s'y installer. De 1237 à 1941, ce sont un peu plus de sept siècles de présence juive dans la ville, laissés à la sagacité des chercheurs et des historiens, qu'il s'agirait de reconstituer.

Au début du XIXème siècle, quand Płock était prussienne et constituait le centre d'une province appelée alors "Nouvelle-Prusse-Orientale", un jeune administrateur civil y était en poste, un juriste aux dons multiples et remarquables, compositeur même. Il s'appelait E.T.A. Hoffmann, auteur allemand célèbre pour ses contes fantastiques. Peu auparavant, il avait été assesseur dans une localité sensiblement plus grande et plus intéressante: la ville de Posen, aujourd'hui, Poznan. Mais les caricatures dont il s'était rendu coupable avaient à ce point mécontenté ses supérieurs qu'il avait fait l'objet d'une mutation disciplinaire: on l'avait proprement exilé à Plock. Mais c'est peut-être là qu'il écrivit quelques-uns de ses contes à la plume vengeresse. L'écrivain contemporain, Marc Petit, qui eut comme professeur à l'Ecole Normale Supérieure le grand poète Paul Celan, a écrit un roman dont l'action se déroule à Plock, La Grande Cabale des Juifs de Plotzk [éd. Christian Bourgois, 1978].

Si la Plock moderne s'est développée pour donner naissance à un centre industriel de la pétrochimie polonaise, elle ne connut pas, au XIXème siècle, au moment de l'industrialisation, un grand essor industriel et commercial. "Le petit commerce local, ajoute Nicole Lapierre, dans lequel les Juifs étaient nombreux, se développa cependant en proportion de la croissance de la ville, en particulier dans les secteurs de l'alimentation et de l'hôtellerie. Mais le gros de la population juive demeurait misérable, vivant dans des conditions précaires, entassé dans les bâtiments des arrière-cours ouvrant sur les ruelles juives."

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(1) C'est à cet endroit que se dressait la grande synagogue, aujourd'hui disparue.

(2) C'était la petite maison d'étude, le "heder" comme on dit en hébreu, l'école primaire. Elle n'existe plus.

(3) C'était le conseil de la communauté et la grande maison d'étude. Elle existe mais délabrée, totalement abandonnée à elle-même.

(4) Le plus vieux lycée de la ville, rue Malachowskiego, presque au coin de la rue Tratralna.

(5) C'était l'orphelinat juif.

(6) C'était l'asile de vieillards juifs, doté d'une école juive. C'est à présent la mairie de la ville.

(7) Le tribunal du district, encore actif.

(8) Le théâtre municipal qui n'existe plus.

(9) La cathédrale.

Dès le tout début du XIXème siècle, la ville connut un renouveau important suite au mouvement de la Haskala, l'esprit des Lumières venu de Berlin. Une figure l'incarna, le rabbin de la ville, Yehuda Lejb Margulies. Nicole Lapierre le décrit comme un "homme d'ouverture", qui voulait réunir "tradition et rationalisme"; il remettait aussi en cause l'oligarchie communautaire, "soucieuse de ses intérêts propres et indifférente à la misère et à l'ignorance dans lesquelles vivaient les masses juives." Ce mouvement se développa tout au long du siècle. Les héritiers de la Haskala prônèrent la sécularisation, l'assimilation, l'apprentissage du polonais et la création d'écoles séculières juives, qui enseigneraient les disciplines modernes et dénonçait l'ignorance dans laquelle on maintenait la majorité de la population. Mais Plock connaissait aussi l'un des lointains descendants du grand talmudiste du XIème siècle, Rachi de Troyes, grâce auquel un autre talmudiste et philologue romaniste français, Arsène Armesteter, professeur à l'Ecole Normale Supérieure à la fin du XIXème siècle, mit au point un Cours de grammaire historique de la langue française, les textes de Rachi ayant permis en effet de transcrire en alphabet hébraïque la prononciation de l'ancien français et des modifications du vocabulaire et de la phonétique.

"A Płock, précise Nicole Lapierre, l'éventail des courants sionistes était représenté dans toutes ses nuances". Du Mizrahi sioniste orthodoxe, qui y vit le jour en 1920, dont le leader était Itzhak Gruenbaum, les ultra-orthodoxes de l'Agudat Israël, jusqu'au Poalei Zion (les Ouvriers de Sion), sionistes et socialistes, "faible et clandestin à Plock avant-guerre". Les sionistes généraux avaient un groupe local depuis 1911.

Płock connut un important mouvement sioniste de gauche ou Hachomer Hatzaïr qui prônait un sionisme socialiste, le retour à la terre et un collectivisme agraire qui allait se concrétiser en Israël dans les Kiboutzim. Ainsi, avec l'aide de l'American Joint, en 1930, une école juive d'agriculture fut fondée en Pologne. A Plock, Moïses Sarna avait installé une exploitation où l'on expérimentait la mécanisation; cette entreprise fut reprise par son fils Isidore qui lui adjoignit une fonderie. Cet exemple fut suivi dans la même région de Mazovie.

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Lors de mon voyage en Pologne, sur les traces de mes ancêtres, j'avais pris le car, en ce premier novembre, à Raciaz, en direction de Plock. Quand j'arrivai sur la place du vieux marché, tout était fermé, la place était vide. Seul un café ouvert m'abrita un moment du froid. C'était, avant l'anéantissement, le centre de la vie juive à Plock. Au fond à gauche, s'enfonce la rue Grodzka, à droite, la rue Malachowskiego.

 

 

 

 

 

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L'une des maisons à gauche de la photo abritait l'orphelinat. Au fond, c'était la mairie, ici le bâtiment rose caché par les branches des arbres. Du côté opposé, se dresse aujourd'hui la mairie, qui était l'asile de vieillards et une école. La Vistule coule à droite. Elle est très large, un vent violent sifflait.

 

 

La rue Grodzka relie la place du vieux marché à la charmante petite place avec le tribunal du district. De la place, on aperçoit la tour du château du Moyen Age et la cathédrale. De là, remontant vers le nord, la rue Tumska avec le musée de la Mazovie pour croiser un peu plus loin la rue Szeroka, la plus émouvante pour qui visite Plock. C'est là qu'était la vie religieuse juive, dont il ne reste que la grande maison d'étude délabrée; c'est aussi là dans le prolongement de la rue qu'eurent lieu les rassemblements en mars 1941 en vue des déportations de la communauté juive de Plock vers Treblinka. On ne peut marcher en ces lieux sans avoir présentes à l'esprit ces images terribles.

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A droite de la photo s'étend le prolongement de la rue Szeroka où eurent lieu les déportations de la communauté de Plock.

 

 

 

 

 

 

 

De simples maisons ont remplacé les synagogues de Plock.

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On peut consulter le "pinkas hakehilot" (Mémorial, de l'hébreu "pinkas"[registre sur lequel étaient inscrits les actes des communautés] et "kehila", -ot, pl. [communauté]: http://www.zchor.org/INDPLOCK.HTM

 

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Le guetto de Varsovie et les archives Rigelblum

Exposition Mémorial de la Shoah - Archives Ringelblum - du 15 décembre 2006 au 29 avril 2007 - cycle de conférences, films rencontres du 6 mars au 29 avril 2007 à l'auditorium Edmond J. Safra du CDJC.Le CDJC présente depuis le 15 décembre, jusqu'au 29 avril prochain, pour la première fois en France, les manuscrits des Archives Ringelblum écrits dans le ghetto de Varsovie durant la guerre, prêtés par l'Institut historique juif de Varsovie. Ces textes, écrits dans plusieurs langues, paraitront intégralement dans quelques jours, en janvier 2007, dans une traduction inédite.

Une partie des manuscrits du ghetto est à jamais perdue, sans doute brûlée. La partie restante, enterrée en 1942, a été découverte après guerre, grâce à des instruments géodésiques de repérage impossible sinon à cause des ruines, en 1946.

Le ghetto était situé dans une partie de la ville, à l'ouest non loin de la vieille ville. Seule une partie des Juifs de Varsovie vivait dans ce quartier de la ville avant la guerre. Mais de nombreuses nationalités et religions cohabitaient dans cette partie de la ville, très cosmopolite avant-guerre, entre autres des Tsiganes, des Protestants, des russes orthodoxes, originaires de Biélorussie. Au centre du ghetto se dressait notamment l'église Saint-Augustin, restée intacte après la guerre au centre d'une étendue désertique de ruines.

Ghetto de Varsovie dans la deuxième moitié de 1945 avec au centre l'église Saint-Augustin

Varsovie et le ghetto situé près de la vieille villeAvant la guerre, Varsovie comptait 1,3 millions d'habitants, dont près de 370 000 Juifs, qui vivaient dans de très nombreux quartiers de la ville. C'est néanmoins au centre de la ville que se trouvait la partie la plus dense de la population juive de Varsovie, avec juste après un quartier situé plus à l'ouest et dans le quartier de Praga, de l'autre côté de la Vistule. Le mot "ghetto" était interdit par les nazis qui lui préférait l'expression allemande "jüdischer Wohnbezirk" qu'on pourrait traduire par "district juif", appellation euphémisante de l'abomination dans le vocabulaire nazi.

La première décision de créer un ghetto à Varsovie fut prise le 4 novembre 1939. Mais son application fut provisoirement reportée, à cause de différends, suppose-t-on, entre la Wehrmacht et la SS. Au début de l'occupation allemande, le quartier de Praga avait été choisi. Plus tard, les Allemands voulurent déplacer les Juifs en bordure de la ville dans le quartier de Kolo et Grochow. Mais ces projets de ghetto s'avérèrent trop compliqués à mettre en oeuvre, si bien que les occupants allemands revinrent à leur plan d'origine.

Ils fermèrent le quartier juif du centre, qui devait devenir le ghetto; en mars 1940, les Allemands déclarèrent ce quartier "Seuchensperrgebiet" (zone barrée pour cause d'épidémie). Le 27 mars 1940, le Judenrat fut engagé à ériger un mur autour de la partie ainsi délimitée de la ville qui occupait 4% de la surface totale de la ville.

Répartition de la population juive à Varsovie avant 1939.

le grand ghetto au nord, le petit à l'ouest qui devait peu à peu disparaître avec les déportations vers Treblinka.

Le 19 avril 1943 éclatait l'insurrection du ghetto.

Insurrection du 19 avril 1943 dans le grand ghetto après la disparition du petit.

Plan des détails de l'insurrection.

La rue Swietojerska juste à l'entrée du ghetto: on voit la différence entre les anciennes maisons de la rue reconstruites et les bâtiments entièrement modernes là où commençait le ghetto.

La dernière maison juste avant l'ancienne entrée du ghetto montre des frises le long de la façade, encore en bon état. L'arbre délimite dans sa solitude, aujourd'hui, l'ancien mur du ghetto. Cette rue Swietojerska débouche en contre-champ sur la rue Freta juste en face de la maison où naquit Marie Curie.

La maison à gauche avec le bacon est celle où naquit Marie Curie.

En ce premier novembre 2006 brûlaient deux flammes au monument funéraire de l'ancienne Umschlagplatz, d'où partaient les déportés pour Treblinka.

Monument funéraire de l'Umschalgplatz - 1er novembre 2006

Umshlagplatz - attente des transports vers Treblinka - lors de l'insurrection d'avril 1943, cette place servit également de lieu de rassemblement des Juifs destinés à être fusillés.

L'Umschlagplatz occupait une surface d'environ 2400 mètres carrés. Il n'était pas rare qu'elle contînt jusqu'à 10 000 personnes sans une goutte d'eau ni pain dans l'attente des trains jusqu'à 20 heures durant.

Chargement des déportés destinés à la mort à Treblinka sur les quais des voies de chemin de fer aménagées derrière l'Umschlagplatz.

Les deux trajets empruntés par les trains vers Treblinka

Découverte des Archives d'Emmanuel Ringelblum en 1946 dans le ghetto de Varsovie.

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Photos et plan du ghetto de Varsovie

au nord le grand ghetto séparé du petit ghetto au sud par la rue Chlodna.

Légendes de la carte du ghetto de Varsovie.

La photo qui suit a été prise à l'automne 1939, sur la Voie Royale par laquelle les rois de Pologne allaient du château royal, dont on aperçoit vaguement la tourelle dans le fond, et ses demeures d'été. C'est la rue Krakowskie-Przedmiescie, près du monument à la gloire du poète Adam-Mickiewicz. Ce sont des soldats de la Wehrmacht (nullement des SS; c'est sans doute ce que Mitterrand appelait "l'honneur de l'armée allemande qui ne faisait que son devoir" dans son fameux discours de Berlin) qui conduisent cette colonne de travailleurs forcés juifs en dehors de la "Seuchensperrgebiet" (Zone barrée pour cause d'épidémie) que les Polonais n'étaient autorisés qu'à traverser en tramway.

Document de l'Institut historique juif de Varsovie.

Le même endroit aujourd'hui avec la même rue Trebacka à gauche et le monument à la gloire d'Adam Mickiewicz à droite.

La rue Krakowskie-Przedmiescie avec le monument dédié à la mémoire du poète Adam Mickiewicz à droite. Au fond à gauche, la rue Trebacka. La photo de l'automne 1939 a été prise au coin de la rue Trebacka.

Plan actuelle de Varsovie avec au nord le château royal et la vieille ville

La photo suivante a été prise à l'automne 1939 place Pilsudski que l'on distingue facilement sur le plan précédent (au centre). L'homme porte la tenue traditionnelle des Juifs; il ne porte pas encore le brassard avec l'étoile de David qui n'entrera en vigueur qu'à partir de décembre 1939. A partir du printemps 1940, il était strictement interdit aux Juifs de marcher dans les rues et les places élégantes de Varsovie, telle la place Pilsudski (1867-1935).

Document du musée historique juif de Varsovie.

Le "Biuletyn informacyjny" (Bulletin d'information) est le journal le plus important de la résistance juive. Le 29 mars 1940, il rend compte des pogroms provoqués par les nazis mais où les Polonais ont été les acteurs principaux.

Le contour final du mur du ghetto n'est pas fixé définitivement à l'été 1940; ainsi comprend-il au début de l'occupation allemande la vieille ville comme on le voit sur la photo suivante à l'entrée de la Piwa au déboucher sur la place du Château royal. Mais quelques semaines plus tard, ce mur sera abattu et le mur reporté beaucoup plus loin de telle sorte que toute la partie de la vieille ville fut libérée et située hors du ghetto.

Entrée de la rue Piwa sur la place du château.

Entrée de la rue Piwa place du château.

La place du château sous la neige avec l'entrée de la rue Piwa à gauche.

En octobre et novembre 1940 le nombre de personnes cantonnées dans le ghetto s'élève à 138 000. Les Juifs de Varsovie affluent de tous les quartiers de la ville. On voit ici une longue file marchant rue Leszno juste au coin de la rue Zelazna en direction de la porte d'entrée ouest du ghetto dans cette rue à trois pas sur la gauche de la photo.

Rue Leszno vers le ghetto - octobre-novembre 1940

Entre les deux parties du ghetto les autorités d'occupation ont construit une passerelle qui passe au-dessus de la Chlodna.

La passerelle entre le petit et le grand ghetto rue Chlodna.

A l'intérieur du ghetto la vie tente de s'organiser entre les tickets de rationement, à partir de décembre 1940, et le marché noir, pour survivre. La ration s'élève à 184 calories par jour en 1941, c'est-à-dire 15% du besoin nutritif minimum. Les autorités d'occupation autorisent par mois 2,5 kg de pain, 250 g de sucre par personne, de la confiture et un savon.

Carte de rationement dans le ghetto

Le manque de nourriture et d'un marché libre obligeaient les membres du ghetto à la contrebande. Sans le marché noir, qui était puni de mort sur-le-champ, le ghetto n'aurait pas survécu plus d'un mois.

Document de l'Institut historique juif de Varsovie

Les enfants dans le ghetto:

Quelle civilisation auparavant dans l'histoire avait eu comme projet diabolique de martyriser des enfants? Il a fallu attendre l'Allemagne nazie, avec la complicité active des Polonais, un peuple de criminels qui participa activement aux pogromes de 1939 sans parler de ceux d'avant, en 1880 et 1905, qui n'a jamais reconnu ses crimes à ce jour, n'a jamais demandé pardon comme Willy Brandt au nom du peuple allemand bien qu'il eût été, lui, un résistant au régime nazi durant la guerre, a oublié dans ses musées de province toute mention de la présence séculaire des Juifs en Pologne; mais qui ose toujours honorer insolemment la Vierge à Czestochowa et au coin des rues à Varsovie! L'Allemagne était l'un des pays les plus civilisés du monde, ne l'oublions jamais. La science et le progrès ne sont aucunement des garanties contre la barbarie. L'actuel ministre polonais de l'Education veut bannir des manuels scolaires la théorie de Darwin! Et cela se passe dans l'Europe d'aujourd'hui.

Ce sont les enfants qui s'occupent le plus souvent de trouver de la nourriture au marché noir. Ils cachent la nourriture sous leurs vêtements rapidement en guenilles pour venir en aide à toute la famille. Petits et menus, ils profitent d'un moment d'inattention des gardiens allemands et de la police polonaise aux portes du ghetto pour se faufiler au dehors. Mais à leur retour, il n'est pas rare qu'ils se fassent confisquer leurs provisions et sa fassent arrêter, puis conduits dans les prisons du ghetto s'ils n'ont pas été tout simplement assassinés.

Document des Archives pour les films documentaires de Varsovie

De jeunes enfants de la maison d'arrêt de la rue Gesia (nord du ghetto) en exercice dans la cour. En mai 1942, 40% étaient des détenus étaient des enfants arrêtés pour contrebande.

Dans la plupart des 73 rues du ghetto vivent plus de gens que dans une petite ville; dans la rue Pawia vivent 26 000 personnes; 21 000 dans la rue Nowolipie.

Le ghetto contient environ 27 000 appartements avec une moyenne de 8 personnes par pièce; il n'est donc pas étonnant que la plupart passe leur temps dans la rue qui grouille d'une foule compacte tout au long de la journée.

12 rue Franciszkanska, le taux de mortalité dans le ghetto a été multiplié par dix par rapport aux années d'avant guerre.

Rue Nowolipie - été 1943

Un enfant mort dans une rue du ghetto au milieu de la foule devenue indifférente; la déshumanisation progressive des habitants du ghetto fait partie du projet nazi. Avant de tuer, il faut déshumaniser.

La salle à manger dans l'institut du Dr. Janusz Korczak 29 rue Krochmalna; le ghetto comprenait 14 maisons de ce genre pour 2000 enfants.

Lors de sa visite en Pologne, le chancelier Willy Brandt, ancien résistant au régime nazi, s'agenouilla devant le monument aux morts dans le ghetto, le Mémorial dédié aux Héros du ghetto. Cet acte politique d'une grande portée symbolique conduisit les Polonais à rebaptiser de son nom la place où se dresse cette impressionnante sculpture faite dans le basalte que Hitler destinait au monument dédié à la célébration de sa victoire finale. Durant la guerre, c'est à cet endroit que se dressait la prison de la rue Gesia, où étaient enfermés de nombreux enfants pour contrebande.


Monument aux morts à la mémoire de l'insurrection du ghetto - place Willy Brandt, chancelier allemand, résistant à l'Hitlérisme, qui s'y est agenouillé lors de sa visite en Pologne


Au sud de l'ancien ghetto se dresse la seule synagogue de Varsovie, la seule restant dans toute la Pologne, place Grzybowski. Quand j'y suis arrivé, elle était toute illuminée et en fête.

Synagogue de la place Grzybowski

Deux autres synagogues de Varsovie avant guerre, détruites par les nazis, dont la synagogue de la rue Tlomackie, que les nazis ont fait sauter le 16 mai 1943 en représaille au soulèvement du ghetto:

Synagogue de la rue Tlomackie avant la guerre.

La synagogue en ruines de la rue Tlomackie après l'attentat des nazis le 16 mai 1943

Grande synagogue de Varsovie avant la guerre

Bibliographie sommaire:

Adam Czerniakow, Carnets du ghetto de Varsovie, La Découverte/Poche.

Michel Borwicz, Ecrits des condamnés à mort sous l'occupation nazie, Gallimard, 1973.

Tadeusz Borowski, Le monde de pierre, Christian Bourgois éditeur, 2002.

Pawel Korzec, Juifs en Pologne, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1980.

Emmanuel Ringelblum, Chronique du ghetto de Varsovie, Paris, Laffont, 1978. (ancienne édition partielle des Archives Ringelblum que la nouvelle édition complète va remplacer en janvier prochain, dans quelqus jours...).

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