Une victime juive de la Tcheka à Odessa

Mon arrière grand-père (père de ma grand-mère gazée à Auschwitz le 16 novembre 1942) fut lui-même très probablement assassiné d'une balle dans la tête par la police secrète communiste à la fin de la guerre civile à Odessa, le 17 avril 1922. Il était photographe, son magasin se trouvaity en plein centre ville, 33 rue de la Police, aujourd'hui rue Bounine (durant l'époque soviétique, c'était la rue Rosa Luxembourg).

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Le martyre des Juifs en Russie n'est pas reconnu ni par l'Etat (il n'y a pas comme ici de Mémorial des victimes juives du communisme parce que juives) ni par les citoyens russes. Les Russes honorent à Moscou, le jour de leur mariage notamment en y déposant des fleurs sur la Place Rouge, les victimes soviétiques de la dernière guerre. Mais honorer des victimes juives du communisme n'auraient à leurs yeux aucun sens. Il ne faut pas s'étonner ensuite que les Russes d'aujourd'hui soient largement antisémites. Les choses n'ont jamais été dites vraiment sur la place publique en Russie; on croit encore que le communisme n'eut d'autre projet que de protéger les Juifs. Trotsky n'était-il pas d'origine juive? Les Juifs de Pologne dans ma propre famille n'ont-ils pas trouvé refuge en Russie, à Pskov, alors qu'ils fuyaient les pogromes un peu partout alors, en 1905. Certes. L'assassinat des Juifs d'Odessa par les Russes blancs est bien connu; moins celui de ces mêmes Juifs par la police politique, la Tcheka. Or, l'acte de décès de mon arrière grand-père montre qu'il est officiellement décédé d'une "crise cardiaque" (припадок сердченый, en russe). Or, les historiens de l'

URSS savent bien que ce genre d'indication dans les actes de décès renvoie à un assassinat, le plus souvent d'une balle dans la tête ou fusillé sans autre forme de procès. Ma grand-mère, qui vivait à Paris ainsi que sa mère, surent-ils jamais, soupçonnèrent-ils le moins du monde un tel crime?Absolument pas. Les nazis n'ont pas procédé autrement sur les actes d'Etat civil avec les handicapés, les malades mentaux qu'ils ont gazés juste avant la guerre. Les deux régimes ne sont pas pour autant identiques mais certaines méthodes d'élimination à caractère antisémite sont très proches. Mon arrière grand-père en est un exemple. Seulement la grande différence entre les pays où le communisme et le nazisme ont sévi, c'est qu'à Paris notamment, la mémoire de ma grand-mère est honorée en un lieu - certes non sans mal, non sans un très lent, trop lent murissement de toute la société à la reconnaître comme une victime de l'Etat français et de la barbarie nazie. Mais en Russie, aucun monument n'honore la mémoire de mon arrière grand-père. Il est mort assassiné une deuxième fois dans la mémoire collective russe. Je suis le seul au monde, ici, à parler de lui pour honorer sa mémoire: Jacob Schneider, né à Odessa en 1860, mort assasiné par la Tcheka le 17 avril 1922 parce qu'il était Juif, "souvenez-vous", comme on dit en hébreu, זכר.

Voici une photocopie de son acte de décès fournie par les archives ukrainiennes d'Odessa.

 

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